mercredi 24 février 2010

Exemple d'empolèse

Petites pratiques germanopratines

[Une femme répond au sourire d'un homme qu'elle croise dans la rue, de façon suffisamment engageante pour qu'il lui propose de la revoir. De fil en aiguille, et très rapidement, sans qu'il aient vraiment fait connaissance, elle est invitée au restaurant. Au début du repas, alors qu'ils échangent des propos banals qui trahissent leur émotion, son téléphone portable sonne. Il est confus s'excuse, s'en sort bien.]

"...
Les cafés, l'addition, le pourboire, nos manteaux, tout cela n'est plus que détails, détails, détails. Détails qui nous empêtrent.
Nos cages thoraciques s'affolent.

Il me tend mon manteau noir et là...
J'admire le travail de l'artiste, chapeau bas, c'est très discret, c'est à peine visible, c'est vraiment bien calculé et c'est drôlement bien exécuté : en le déposant sur mes épaules nues, offertes et douces comme de la soie, il trouve la demi-seconde nécessaire et l'inclinaison parfaite vers la poche intérieure de sa veste pour jeter un coup d'oeil à la messagerie de son portable.
Je retrouve tous mes esprits. D'un coup.
Le traitre.
L'ingrat.
Qu'as-tu donc fait-là, malheureux ?
De quoi te préoccupais-tu donc, quand mes épaules étaient si rondes, si tièdes et ta main si proche ! ?
Quelle affaire t'a semblé plus importante que mes seins qui s'offraient à ta vue ?
Par quoi te laisses-tu importuner alors que j'attendais ton souffle sur mon dos ?
Ne pouvais-tu donc pas tripoter ton maudit bidule après, seulement après m'avoir fait l'amour ?

Je boutonne mon manteau jusqu'en haut.
Dans la rue, j'ai froid, je suis fatiguée et j'ai mal au coeur.
Je lui demande de m'accompagner jusqu'à la première borne de taxis.
..."


Anna Gavalda,
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

postiches