dimanche 3 décembre 2017

Extension du domaine de la lutte

du petit Houellebecq Michel.

Pour voir si derrière les sarcasmes d'homme éternellement malheureux et revanchard de cette chienne de vie insupportable, il y avait l'humour que j'avais apprécié dans les particules élémentaires et la carte et le territoire.

Ben non, c'est pas drôle. Ses saugrenuïtés de perpétuel miséreux affectif transposées dans son personnage désagréable d'ingénieur informaticien, seul, sans perspective n'ont rien de plaisant.

Un extrait, qui se passe un 29 décembre :

"Dans la soirée, je téléphone à SOS Amitié, mais c'est occupé, comme toujours en période de fêtes. Vers une heure du matin, je prends une boîte de petits pois et je la balance dans la glace de la salle de bains. Ça fait de jolis éclats. Je me coupe en les ramassant et je commence à saigner. Ça me fait bien plaisir. C'est exactement ce que je voulais."  

Heureusement, c'est concis. 150 pages tout désossé. Un bon point.

La mort du cerf sacré, de Yorgos Lanthimos

Voilà un film qui est bien reçu par tout le monde, public comme critiques, et que je n'ai pas aimé.

"Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice."
nous résume Allociné.

Le jeune ado est annonciateur d'une espèce de vengeance divine, supérieure, implacable et inévitable. Tout se passe comme il a annoncé. C'est un messie de mauvais augure. Un petit messie pourri, mais aux USA, ils ont un pouvoir certain sur le monde, prompts qu'ils sont à courir au devant de tous les obscurantismes. Le problème c'est qu'il prévoit vraiment l'avenir et qu'au final, il faut faire un sacrifice pour s'en sortir de ce dilemme. Les dieux vengeurs sont parmi nous, merde.
Iphigénie, qui est invoquée ici comme inspiratrice de ce drame, savait qu'elle se condamnait pour ramener la paix parmi les hommes en lutte. Là, on surnage dans le surnaturel et on en vient à tuer pour avoir le droit de survivre avec les épargnés.
Je n'aime pas.




jeudi 23 novembre 2017

De la gratuité du geste

dans le premier chapitre de "The cute girl network", de Greg Means, MK Reed et Joe Flood, le héros est une nana jeune skateboardeuse qui bosse dans un magasin de planche à  roulettes. Un jour, elle tombe et se fait mal devant un vendeur de soupe ambulant, Jack, qui la dépanne en lui donnant une soupe froide qu'elle met dans sa culotte pour soulager la douleur.
Plus tard, Jack, qui est tombé illico amoureux de la fille la retrouve dans la rue. Ils discutent, se donnent rendez-vous, et de nouveau, il lui offre une soupe, à manger cette fois. Elle lui demande : "Combien je te dois ?"
Il répond : "Ben... Je ferme dans une heure et normalement je ramène les restes à la maison pour mes potes, mais si je te l'offre, tu me respecteras quand même ?"

Je n'ai lu que le premier chapitre, mais je peux déjà recommander cette BD, qui se passe dans les rues de New York...


























mardi 21 novembre 2017

Corps et âme, d'Ildiko Enyendi

L'action se passe dans un abattoir hongrois, les vaches tombent saignent et le directeur aussi, amoureux d'une nouvelle employée, "responsable qualité", qui se fait remarquer d'emblée par son zèle et ses difficultés relationnelles.
C'est donc une histoire d'amour entre ces deux-là. Ils se sont (logiquement ?) rapprochés après avoir constaté qu'ils partageaient les mêmes rêves. Lui en cerf, elle en biche, qui se rencontrent dans une forêt enneigée.
Tout est lourd et fort dans ce film, saisissant malgré quelques lenteurs.
La résolution est ouverte. Fin du rêve ou début d'une relation épanouie ?
Sorti en octobre 2017.








dimanche 19 novembre 2017

Vous est-il déjà arrivé...

... de vous souvenir d'une phrase marquante au fil d'une lecture, que plus tard, reprenant le même livre, vous auriez recherchée ?

Moi oui, plusieurs fois. Cela ne marche pas à tous les coups ! Il m'est arrivé de ne pas retrouver le passage en question. Ce qui est mystérieux, ou inquiétant quant à la qualité de ma lecture...

Or, voilà t-il pas que je reprends un livre d'ethnologie qui m'avait bien plu, et que, ne retrouvant plus sur les rayons de ma bibliothèque, je décidai de commander pour m'y replonger, avec l'idée tout de même de repérer, vingt ans plus tard, une phrase qui m'avait laissé songeur.
Et j'eus le plaisir cette fois de retomber dessus, à peu près intacte telle que dans ma mémoire, enfin, l'idée précise y était encore.

L'auteur Jacques Soustelle parle de son expérience, entre-deux-guerres, auprès des Lacandons, tribu indienne descendant de la galaxie maya et vivant au Chiapas mexicain. Son bouquin, "Les 4 soleils", est une leçon d'ethnologie qui fait le point sur l'histoire des cultures centraméricaines et même d'anthropologie, car il élargit souvent son propos à d'autres civilisations sur d'autres continents, en cherchant les traits significatifs de leur essor et les causes de leur déclin.

Il parlait de la civilisation aztèque, engloutie comme on sait par l'intervention brutale d'une poignée de cavaliers espagnols. Il notait la relative jeunesse de cette société florissante :
"La plupart des territoire annexés avaient été soumis à une date récente. L'expansion n'avait commencé qu'au XIVème siècle; il se peut quelle ait été pratiquement terminée vers 1520, mais nulle part la civilisation mexicaine n'avait reculé. On peut déduire de là qu'elle se trouvait en transition, à la fin ou très près de sa phase d'expansion, mais encore très loin de sa probable régression. Il est donc certain que c'est une civilisation encore jeune et bien éloignée de son déclin qui a subi le sort que l'on sait : accident de l'histoire, sans plus de signification intrinsèque, malgré son caractère dramatique, que la mort d'un animal de la jungle sous les crocs et les griffes d'un jaguar."

Cette idée m'avait étonné. Quelle "signification intrinsèque" peut-on chercher au cours de l'histoire humaine ? Je vous laisse béer sur cette question en vous recommandant ce bouquin qui date de 1967, et dont les données d'ethnologie universitaire sont forcément périmées mais qui permet d'approcher des Lacandons en voie de disparition (déjà à l'époque) et de prendre un recul saisissant par rapport à l'Histoire avec une grande hache.

























Tout ce pendant qu'écrivant pour vous (qu'est-ce qu'on dit ?) j'étais ouïssant (avec plaisir) ceci :































samedi 18 novembre 2017

Les champs du possible

Qui saurait comme moi
transcrire de ta peau
En langue des signes
Tes détours enjoués
Que tapissent d'iridescents pollens
De matinales émeraudes
En poudre de rosée
De bleuets saphirs
Celant d'inconvenantes pensées
Et les ors qui venaient
Sans ordre ni raison ?

C'était au matin tout petit,
Entre chien et loir et loup
Assoupis et complices
Dans le même repaire
Truffes serrées
Des amitiés carnassières

Au-dessus s'étend une colline herbeuse
et encore au-delà, la prime clarté
De la nuit qui s'apaise.
L'herbe est fraiche aux jambes nues,
Et dans l'ombre de l'aube, de hautes fleurs 
En tapis de  nuées sombres,
Appellent à frôler
Leurs frêles corolles en nappes paresseuses
Longues rêveuses assoupies.

Et l'on sait que
C'est là que tu te tiens,
Dans d'illusoires tuniques de vent
Tendant une main qui invite
A glisser les pieds nus dans l'herbe matinale
Et que nous trouve
Parmi des boutons d'or couchés et consentants
Avides et désireux de ne rien manquer
Agenouillés dans les hémérocalles
Un frais soleil d'été





samedi 4 novembre 2017

Quelquefois,

quand on en attend trop,
on oublie l'essentiel.
Ils sont là.

vendredi 13 octobre 2017

L'affaire de la voiture de police incendiée le 18 mai 2016...

remet en lumière entre autres choses inadmissibles,

- les témoignages de policiers anonymes, des "indics" infiltrés dans les manifs et qu'il est impossible de contredire puisqu'on ne sait pas où ils étaient, ce qu'ils ont fait etc... Leurs témoignages, pris comme argent comptant, sont pour le moins sujets à caution...

- les conditions de détention en préventive, inadmissibles en démocratie. Je l'ai déjà écrit je le maintiens, il s'agit de torture organisée, d'état.





mercredi 11 octobre 2017

La complicité par les pieds (43)

























Je ne cite pas ma source, elle est pourrite : une page de plein aux as qui friment devant des façades de châteaux... Ces pieds-là, pourtant sympathiquement mêlés, seront bientôt exemptés d'ISF...


dimanche 8 octobre 2017

Quelques films en vrac (très) recommandables vus ces derniers temps

Mais pas forcément récents, ce sont des emprunts de DVD à la médiathèque de Périgueux...

Dans l'ordre chronologique :

- sorti en juin 1936

L'extravagant Mr DEEDS, de Franck Capra

L'histoire d'un dandy original et tête-en-l'air, qui hérite d'une fortune colossale qu'il n'attendait pas et qui le laisse totalement indifférent. Il dilapide le magot. Mais d'autres héritiers potentiels ne le voient pas de cet oeil, et lorsque, ramené à la réalité par diverses aventures, il voudra faire profiter des foules de paysans pauvres de sa fortune, il aura fort à faire devant les tribunaux pour ne pas être considéré comme un demeuré. Un excellent Gary Cooper avec une scène finale d'anthologie pour son procès.
Du cinéma américain progressiste d'entre-deux-guerres. Génial.

























- Sorti en juin 2007 : Nue propriété, de Joachim Lafosse

Un couple déchiré, deux grands garçons qui vivent avec leur mère dans la maison familiale "d'avant", laquelle était une propriété de la famille paternelle mais dont la maman est désormais propriétaire. Le conflit va enfler avec les deux grands qui ne supportent pas l'idée que leur mère vende la maison pour refaire sa vie comme elle l'entend. Un rôle épatant pour Isabelle Huppert, en mère déchirée entre ses désirs de vie nouvelle et la confiance qu'elle veut conserver avec ses enfants. Un film grinçant, "un huis-clos implacable", comme ils disent sur Allociné. Le fils ainé est joué par Jérémie Renier, très cynique et intraitable, aux côtés de Yannick Renier, qui est aussi son vrai demi-frère dans la vraie vie...
















Yannick et Jérémy (à droite) Renier
 
























- En juillet 2011, Chico et Rita de Fernando Trueba et Javier Mariscal

Un film d'animation musical sur la vie d'un pianiste cubain qui devient célèbre dans les bas-fonds de la Havane puis sur les scènes les plus prestigieuses. Son histoire d'amour avec la belle chanteuse de jazz Rita est l'occasion de repasser, en musique, le fil de l'histoire cubaine depuis l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui...
Très chouette.

























- En avril 2012, Tyrannosaur, de Paddy Considine

Un type d'un certain âge (la soixantaine ?) totalement à la dérive, imbuvable, très susceptible et hyper nerveux, rencontre une vendeuse cul-bénite qui se prend d'amitié pour lui, mais qui fera douloureusement les frais de cet élan humaniste.

Un film génial qu'il faut trouver quand on aime chercher...

Peter Mullan et Olivia Colman jouent les magnifiques protagonistes de ce drame britannique qui penche, on s'en doute, vers Ken Loach.

























- En juillet 2014, Boyhood, de Richard Linklater

Toute une jeunesse américaine, avec les mêmes acteurs, réunis chaque année pendant 12 ans pour la réalisation crédible de ce film unique, d'une grande sensibilité et qu'on suit avec passion sans s'ennuyer une seconde, malgré ses 2 heures et 45 minutes...

























Et pour finir...

- En juin 2015, Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

La question du devenir des jeunes filles d'aujourd'hui, dans les campagnes turques. On est dans une famille des classes moyennes, au moment où 5 soeurs orphelines, élevées par leur oncle et leur grand-mère, parviennent à l'âge où, dans leur société, l'on ne peut plus tolérer leurs façons libres et provocantes de fillettes courant au dehors de la maison les cuisses nues. Ce qui commence légèrement finit en drame total, et on ne peut que se prendre de sympathie pour ces fillettes qui tombent de très haut dans le monde des adultes.
Excellent.































Jetlag, spectacle poétique et humoristique belge

Par la troupe Chaliwaté de Namur.

Premier spectacle (offert aux abonnés) de la saison de l'Odyssée, à Périgueux.
Transcription onirique mise en mouvements, dansée, des affres du transport aérien chez un voyageur lambda.

A na pas manquer s'il s'approche de vos demeures...


jeudi 5 octobre 2017

Les retraités remontés qui descendent dans la rue


Le Macron suffisant et méprisant des petites gens va finir par se prendre des tartes dans la goule !




lundi 2 octobre 2017

L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery

Je sais même pas pourquoi j'en parle ici, de toutes façons, vous l'avez lu avant moi ! Et bien sûr vous avez a-do-ré !
Comme moi.
Le double discours alterné, celui de la concierge d'un immeuble de luxe et celui de l'adolescente surdouée permet de décrire le microcosme de ce lieu fermé, avec dans les deux cas, un regard très critique, souvent au vitriol, sur ce monde hyper normé et bourgeois jusqu'à la lie ne convenant ni l'une ni à l'autre des deux narratrices. Quand le décor est planté survient le trouble-fête bienvenu, un japonais improbable, très cultivé et futé qui servira de lien entre les deux histoires de filles.
Ce récit au scénario original autorise une glose réflexive et philosophique savoureuse sur ce que les narratrices pensent de cette société bien pensante. Car ce que l'on lit, ce sont deux sortes de journaux intimes qui commentent parfois les mêmes faits, de façons différentes, mais toujours avec esprit.

Prix des libraires 2007.

J'ai déjà vu le film (de 2009) dans lequel Josiane Balasko plante la concierge qui cache sa soif de culture derrière des dehors gouailleurs... Je vais tacher de le retrouver pour me replonger dans cet univers sympathique ("Le hérisson", de Mona Achache).





























lundi 25 septembre 2017

La tribune de Baptiste Beaulieu, sur l'opposition crasse à la PMA,

que je me fais un plaisir de reporter ici :

"Amandine, le premier bébé français né par fécondation in vitro, une procréation médicalement assistée (PMA), a vu le jour le 24 février 1982.
Je suis né le 2 août 1985.
Trois ans après.

J'ai grandi 32 ans sans vous connaître. La TOTALITÉ de ma vie. Dans quel trou obscur et reculé du globe vous terriez-vous pendant 35 ans ?

On ne vous a pas entendus remettre en cause l'extraordinaire progrès technique que constitue la PMA quand celle-ci ne concernait que les couples hétéros infertiles. Où étaient, alors, Gérard Collomb et ses craintes de nous voir "tous cousins" ? A-t-on surpris La Manif pour tous dénoncer ad nauseam le "droit à l'enfant" ?

Où étaient Christine Boutin et toute sa clique, ceux qui revendiquent le droit de l'enfant de connaître l'identité de son géniteur, où étaient-ils quand le Cecos palliait l'infertilité masculine des couples hétérosexuels en substituant le gamète de monsieur par celui d'un inconnu ?
Où était-il, alors, le hashtag #PMAsanspere ?

Etre ou pas de bons parents

Remarquons ensemble que les couples lesbiens ne pourront pas "mentir aux enfants", contrairement à d'autres... Combien de pères cachent à leurs petit.e.s la vérité sur leur filiation biologique ?
A-t-on entendu Elisabeth Lévy confessant (quel crève-cœur !) sa nostalgie d'un temps où on concevait les bébés en "faisant l'amour" quand la PMA ne concernait que les couples hétérosexuels infertiles ?
A-t-on subi Eric Zemmour et ses sombres prédictions, selon lesquelles  "les pauvres, par leurs cotisations, paieront les caprices des riches" ?
Pourtant, l'affaire est bien connue : les lesbiennes, les gays, les transgenres ne paient pas d'impôts.
Ils ne paient pas pour les écoles des enfants de couples hétéros, ils ne paient pas pour la Sécurité sociale des enfants des couples hétéros, etc.
A-t-on entendu pendant 35 ans André Vingt-Trois théoriser le danger terrifiant du "principe d'égalité" ? Principe qui aboutit invariablement, selon lui, "à reconnaître un droit à l'enfant universel" et à "la réduction de l'enfant à être l'objet d'un désir".
Mais tu sais quoi, André ?
Etre "l'objet d'un désir", voilà ce qui peut arriver de mieux pour un nourrisson dans ce monde violent et injuste, où tant de bébés sont parachutés "par erreur ou par inconscience" !
Arrêtez de placer les lesbiennes en dehors du champ de l'humanité.
Arrêtez de les biologiser, de parler sans elles, de soupeser leurs vies, de jauger la viabilité de leurs espoirs, de leur habilité à éduquer, de leurs dispositions à être ou pas de bons parents.
Au passage, qui questionne les dispositions des parents hétéros à être de bons parents ? Quand je m'occupe d'une gamine battue et violée par son père, qui évoque cela ? 
Quand je reçois un gamin aux urgences, qui a joué avec le fusil de papa et auquel il faut retirer 2 mètres d'intestin à cause de la balle, qui se soucie de l'hétérosexualité de ses parents ?
Les personnes LGBT+ ne sont pas "en dehors" de vos humanités. Elles SONT l'Humanité, parce qu'elles symbolisent le vivant visage de la diversité du genre humain.

Lesbophobie la plus crasse

Vous vous comportez comme ces Blancs qui refusaient de partager les mêmes parties de bus que les Noirs durant la ségrégation (on ne choisit pas plus sa couleur de peau que son orientation sexuelle !).
Vous êtes des tartuffes, des hypocrites, d'artificieux dissimulateurs de la lesbophobie la plus crasse.
Ne vous cachez plus derrière des problèmes éthiques : des gens bien plus brillants que nous (et dont c'est le métier) ont mis quatre ans avant de statuer favorablement ! Lisez le compte rendu du CCNE.
Et c'est incroyable. Malgré 1.460 jours de débat et une conclusion nette, on demande encore leur avis aux lesbophobes de tout genre dans les médias. Il suffit pourtant d'une demi-journée au gouvernement pour signer deux-trois ordonnances réformant tout le Code du Travail.
De quel obscur recoin sec du cœur vous vient ce besoin de prolonger en résonance les crachats homophobes de La Manif pour tous ?
Ne nous avez-vous pas assez salis ? Pas assez comportementalisés ? Pas assez instrumentalisés ? Ne nous avez-vous pas assez jaugés, psychiatrisés, raillés, jugés, décortiqués jusqu'à l'âme ?
Vous manquait-on tant que cela qu'il vous faille gratter, et gratter, et gratter encore ? Allons, à l'os ! La hausse de 78% des agressions homophobes durant les débats autour du mariage pour tous ne vous a-t-elle pas suffi ?
Notre société est loin d'avoir attendu la PMA pour voir des femmes élever des enfants "sans père" parce que celui-ci a fui ses responsabilités et s'est barré.

Profondément féministe

Ce qui vous défrise, c'est que deux femmes fassent sciemment le choix de se passer d'un homme dans leur vie intime.
Je ne développerai pas ce point par humilité. Les lesbiennes se plaignent suffisamment qu'on leur vole la parole et je m'en veux presque de parler ici à leur place mais ce qu'on entend est tellement révoltant.
Ce qui vous défrise, c'est l'idée que deux femmes puissent s'aimer d'un amour aussi pur, aussi fort, aussi invincible – ce genre d'amour qui donne envie de fonder une famille –, sans faire entrer d'homme dans l'équation. 
Alors je vous repose la question.
Amandine, le premier bébé français né par PMA, a vu le jour le 24 février 1982. Je n'étais pas né.
Nous voilà en 2017, et je vous vois surgir.
Où vous terriez-vous donc pendant 35 ans ? Où lisait-on vos slogans ? Sur quelles fréquences radio entendions-nous vos indignations ? Et vos préoccupations sur les bébés à naître ?
Où ?
Baptiste Beaulieu


En tête de page de Rue 89 aujourd'hui.

lundi 11 septembre 2017

Visages, villages de Agnès Varda et JR

Un documentaire road-movie qui montre les deux complices réalisateurs, la vieille femme encore dynamique et le jeune homme fringant dans leurs voyages en province, à la pêche aux rencontres riches en développements... photographiques.
Une expérience forte, les docs d'Agnès Varda sont toujours -mais comment fait-elle ?- des moments riches d'une humanité profonde et simple, comme évidente, et qui font réfléchir au vrai fond des choses qui nous mènent par le bout du nez...
Mais par-dessus le marché, il y a les projets artistiques, et là , ces affichages de visages si expressifs sur des surfaces non attendues pour cela sont encore de superbes expériences, dépassant de beaucoup la seule et authentique réussite visuelle, esthétique...
Sorti en juin 2017, actuellement sur les écrans.

























Mortelle randonnée, le livre de Marc Behm et le film de Claude Miller

D'abord le livre. Lecture conseillée par Antoine de Caunes, au détour d'un dialogue radiophonique sur France Inter fin août. Je commande le truc. Il m'arrive en double, avec la version filmée, insérée dans la couverture cartonnée du livre. Trop bien, je ne pensais pas avoir vu le film, qui date pourtant de 1983.
Une écriture inspirée, avec pas mal d'implicite, au lecteur de connecter ou d'interpréter.
Un détective privé au passé sulfureux (surnommé "l'Oeil"), retrouve un jeune homme de bonne famille qui avait disparu, et assiste au meurtre de celui-ci par sa petite amie. Le roman raconte comment le détective s'attache aux pas de cette jeune fille, qui s'avère rapidement être une croqueuse d'hommes, serial killeuse et voleuse de trésor au passage (ses conquêtes sont toujours de jeunes gens fortunés), pour être toujours près d'elle à son insu, et la protéger au besoin.
Or, ce détective est aussi dans sa vie privée, à la recherche de sa propre fille qu'il n'a pas revu depuis qu'elle était adolescente, et pour laquelle il se sent redevable, n'ayant pas été un père assez présent.
Le lecteur ne sait pas vraiment pourquoi cet homme s'attache à cette meurtrière en cavale, mais il est clair qu'il y a un lien avec sa propre histoire de père éperdu.
Un des atouts du livre : il cite précisément les morceaux de musique écoutés par ses personnages, et les lectures qu'ils font au long de leurs aventures. A l'heure de la terre nette, c'est très appréciable, car, pour peu qu'on ait accès à la toile, tout en lisant, on peut se mettre dans l'ambiance réelle imaginée par le narrateur, en écoutant la musique citée.
Ce livre fait partie de ceux qu'on lit si vite que quand on est au bout, on se sent orphelin de l'histoire...

























Le film tiré de ce récit est assez proche du texte, des détails s'y trouvent et globalement, c'est un film réussi, mais comme presqu'à chaque fois quand on regarde l'adaptation d'une histoire qu'on a adorée, toute variation dans la narration originelle pose question. Par exemple, on peut s'interroger sur la pertinence de tel personnage inventé de toute pièce par les scénaristes. Claude Miller fait intervenir un deuxième enquêteur (joué par Guy Marchand), absent du roman, qui trouble (enrichit ?) le récit, et qui disparaît lui aussi au bout d'un moment, englouti par le maelström meurtrier de cette histoire insensée...
Le lien entre les deux histoires, celle de la fille tueuse, et celle de la paternité souffrante de l'enquêteur, n'est jamais établi clairement dans le livre de Behm. Mais dans le film, Isabelle Adjani qui incarne la meurtrière, vient pleurer contre la porte du détective en geignant "Papa, papa..."
Je préfère quand le doute plane lourdement, à mon avis que j'ai, au lieu de livrer au spectateur des pistes toutes crues, surtout que dans ce cas, dans le roman, le lien filial  entre les deux personnages principaux est fantasmé, et non établi.
























Bref. Je conseille vivement le bouquin, le film n'étant pas mal non plus, quoi qu'un peu daté, avec Michel Serrault, qui est de mes acteurs préférés, s'adaptant parfaitement au rôle d'enquêteur à la fois inventif, réactif et pèpère dans sa vie perso...


jeudi 7 septembre 2017

Un homme est mort, de Kris et Etienne Davodeau

L'occasion de revenir sur la vie et la mort d'un film de René Vautier (célèbre pour ses engagements personnels dans les conflits sociaux de tout ordre), dont l'origine vous est proposée par le site bedetheque.com...

"1950, la guerre est finie depuis cinq ans. De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert.
Il faut tout reconstruire.
1950 Brest est un immense chantier. De la ville fortifiée, aux ruelles étroites, une nouvelle ville va surgir, orthogonale, rectiligne, ordonnée, moderne, ce sera Brest-la-Blanche, qui deviendra très vite, Brest-la-grise.
Des milliers d'ouvriers travaillent sur les chantiers.1950. C'est la grève. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l'Arsenal rejoignent le mouvement. De violents affrontements surviennent lors des manifestations.
Le 17 avril, le drame se produit. La police tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé.
Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest (il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d'après guerre).
René arrive dans une ville en état de siège. Le lendemain, ont lieu les obsèques d'Édouard Mazé.
Une foule immense, un peuple entier accompagnera son cercueil."


Ce que ne dit pas cette intro, c''est que ce film aura une vie militante riche puisqu'il sera projeté 150 fois aux ouvriers brestois. Il aura aussi une bande-son originale, car étant muet au départ, Vautier a l'idée de l'accompagner de la lecture (par lui-même, en direct) d'un poème d'Eluard. Cela marche un certain temps jusqu'à ce que le René ait une extinction de voix. C'est là que survient un de ses assistants de la CGT (un type chargé de sa protection, au départ) et qui se propose se dire lui-même le poème. Surprise générale : l'interprétation unique et personnel du gars fait mouche, coup de chance, Vautier l'a enregistré...

Mais quel est l'avenir de ce film unique et introuvable, vous le saurez en lisant vous-même cette BD qui se veut souvenir d'une mémoire ouvrière...

























jeudi 31 août 2017

Que Dios nos perdone, de Rodrigo Sorogoyen

On aime bien les anti-héros, les flics tordus ou complètement à la dérive, incontrôlables et délirants. Cela fait des personnages fictionnels merveilleux. Ces deux-là sont ainsi, qui se permettent tellement tout qu'ils sont finalement jugés impropres au métier par leurs pairs.
Mais le fond de l'histoire, c'est la recherche d'un pervers qui s'attaque aux petites vieilles pour se venger de sa propre maman...
Un film bien charpenté qui intéressera le lecteur d'images jusqu'au bout.








My cousin Rachel, de Roger Michell


























Est-ce parce que je connaissais l'histoire (j'avais vu la version noir et blanc de 1952 et peut-être même lu le roman de Daphné Du Maurier, je ne me souviens plus), toujours est-il que j'ai trouvé ce film vraiment téléphoné quant à son dénouement, avec donc très peu de plaisir-suspense...
Ceci dit, il est très soigné filmiquement et dans les reconstitutions. Very British !

Mais je conseillerais plutôt la lecture du roman d'origine.
Et si vous aimez, vous serez plus troublés encore par Rebecca...





vendredi 25 août 2017

HP 1 - L'asile d'aliénés, de Lisa Mandel

Dans une réédition de 2016, par les éditions "L'association".

"Ma mère et mon beau-père ont été infirmiers en psychiatrie pendant 35 ans. Mon enfance a été bercée par tout un tas de récits abracadabrants, drôle et effrayants..."

Ainsi revivent par ces dessins expressifs et contrastés (on apprécie l'utilisation des seules couleurs orange et gris, dans des tons variés) ces épisodes touchants et révoltants, du quotidien des malades et du personnel des HP, de1968 à 1973.
L'occasion de soulever le voile occultant un des recoins sombres de la République (l'univers carcéral en est un autre), où la torture est réprouvée, mais où elle se pratiquait malgré tout sous couvert de soins psychiatriques qui souvent prenaient un caractère ultra-répressif.
Ce n'est cependant pas un témoignage à charge contre les personnels concernés, mais plutôt une évocation de l'enfer auquel ils devaient faire face avec plus ou moins d'humanité selon les personnes...

Une lecture édifiante, qui se poursuivra avec les tomes 2 et 3, puis un tome 4 à paraître qui évoquera la situation actuelle dans les HP.


























Le témoignage de l'auteure à la sortie du tome 2 :

http://next.liberation.fr/livres/2014/01/29/je-voulais-faire-entendre-la-parole-infirmiere_976381