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jeudi 11 janvier 2024

Quelques proverbes chinois rigolos

"Renverser l'eau devant le cheval " --->  Ce qui est fait est fait, on ne peut pas revenir en arrière.

"Coiffé de la lune et vêtu d'étoiles" ---> Travailler jour et nuit.

"La bouche des foules fait fondre le métal" ---> La rumeur populaire est puissante et déforme la réalité.

"Comme les fourmis qui essaient d'agiter l'arbre" ---> Se surestimer.

"Comme la peau des aisselles d'un renard" ---> Précieux, rarissime.

"L'odeur du lait maternel n'a pas encore séché" ---> Etre débutant, inexpérimenté.

"Avoir un salaire de fond de chaudron" ---> être pauvre comme Job.

"N'avoir que du vent dans les deux manches" ---> être comme un fonctionnaire intègre, honnête.

"Etre d'une beauté à faire couler les poissons et tomber les oies" ---> Etre de toute beauté.

"Etre chacun d'un côté du ciel" --->  Etre séparés.





mercredi 20 janvier 2021

Mon traitre, roman de Sorj Chalandon

 Un petit roman très impliqué dans l'histoire contemporaine de l'IRA, armée secrète de l'Irlande du Nord, dont se rapproche le narrateur, écoeuré par le traitement inhumain et discriminant appliqué par les Britanniques aux catholiques de l'Ulster. 

De fil en aiguille, sans s'en rendre vraiment compte, ce luthier parisien devient un soutien actif de l'organisation, hébergeant en particulier ses membres de passage à Paris, en mission secrète. Il se rapproche singulièrement Tyrone Meehan, qui lui réservera ses meilleures découvertes et sa pire surprise...

Un récit tiré de l'expérience personnelle de l'auteur.















Sorj Chalandon : Mon traître - Vidéo Dailymotion





mardi 29 décembre 2020

Dumas, le comte noir, de Tom Reiss

Une oeuvre d'historien, consacrée à la vie du père d'Alexandre Dumas, le fameux général Dumas, dont la vie a largement inspiré le fils, en particulier pour l'écriture du "Comte de Monte Cristo".

Un gros boulot de recherche pour faire le point de ce qui est avéré, et le distinguer de parts légendaires, que le fils, tout aveuglé par l'amour pour ce père à la stature éblouissante, a contribué lui-même à propager. L'appareil critique (les docs joints en fin d'ouvrage) est considérable, et l'écriture est délibérément fluide et d'une certaine façon légère, Reiss ne rentre pas dans la multiplication de détails qui alourdiraient le récit. 

Juste une remarque sur le personnage historique : ce personnage d'origine métisse avait un physique (il était né à Haïti) qui a étonné tous ses contemporains, grand, d'une force peu commune, et d'un caractère entier, n'acceptant aucune compromission, en particulier avec les principes humanistes et égalitaires de la Révolution qu'il défendra toute sa vie. Or il a connu une disgrâce, après que, devenu général de Napoléon Bonaparte, il se soit autorisé des critiques envers le 1er Consul lors de la campagne d'Egypte. Il est fort probable que le futur empereur ait mal vécu le côtoiement de ce géant intransigeant, lui, le petit homme prêt à tous les renoncements pour parvenir à ses fins.

Dumas, le comte noir

Isabelle D. Taudière

 

(Traducteur)

Lucile Débrosse

 

(Traducteur)

Flammarion, 2013
















jeudi 22 octobre 2020

Yeruldelgger, polar de Ian Manook (Patrick Manoukian)

 Si j'ai mis plusieurs mois à le lire, ce n'est pas que c'est pénible à parcourir, c'est que je ne fais plus d'insomnies sévères... En réalité, j'ai trouvé ça passionnant, et je le recommande vivement. J'ai adoré la description de la société mongole moderne, prise en étau entre les désirs de conserver des traditions séculaires et l'appel de la modernité et des conforts de la ville. C'est un cliché mais cette question est vraiment abordée dans l'histoire car Yeruldelgger, le flic charismatique se pose en défenseur des traditions et il pose la dérive sociale des criminels qu'il traque comme la conséquence de cet abandon. On approche les banlieues d'Oulan-Bator, cernée de vastes étendues de zones où sont posées des yourtes où survit un lumpen prolétariat, complètement coupé des pratiques ancestrales des éleveurs qu'ils étaient par le passé. Il existe même une société souterraine de très pauvres qui vivent dans les égouts et que là encore on approche dans le récit.

Mais le livre reste un formidable roman policier avec une enquête minutieusement menée, des temps forts, des attaques surprises, des histoires d'amour, des meurtres sordides et la découverte progressive d'un réseau de flics ripoux aux ramifications inattendues. 

La description des espaces naturels, splendides, où plantes, animaux et éléments naturels sont considérés parfois comme des faits surnaturels, est une force du récit.  

Alors, laissez vous mener dans les steppes infinies de Mongolie...


Sur la couverture, ils ont cité deux prix, mais il en a reçu 12 en 2014 !





samedi 28 mars 2020

La Trêve, récit autobiographique de Primo Levi

La couverture parle de "roman", mais c'est d'un grand récit autobiographique qu'il s'agit. Primo Levi a passé un an à Auschwitz. Il a raconté ce cauchemar dans "Si c'est un homme".
La trêve est forcément plus optimiste, puisqu'elle débute au moment ou les nazis quittent précipitamment le camp, en abandonnant quelques centaines de survivants faméliques à une mort de faim et de maladie quasi certaine. Levi fera partie d'une poignée de survivants. Il a vu sortir du brouillard les 4 premiers cavaliers soviétiques, qui avançaient au pas vers le camp, et découvraient l'horreur derrière les barbelés.
Commence alors une épopée absurde et incroyable. La seconde guerre mondiale a fait vivre des tragédies interminables à des foules de gens qui avaient comme Primo Levi, chimiste à Turin, une vie paisible et très ordinaire.
D'abord, les prisonniers encore vivants ont été regroupés plus ou moins par nationalités, mais dans un ordre "soviétique" chaotique et indéchiffrable. Ils ont été ballotés sans ordre ni raison objective, jusqu'à ce que l'Armée Rouge fasse partie des vainqueurs. La survie derrière les lignes russes était faite de débrouille, de magouilles, de coups de chance et de mauvaises rencontres… Le récit est une grande galerie de portraits et Primo Levi a une incroyable acuité pour sonder la psychologie des êtres humains. Cela fait de ce bouquin une lecture unique, qu'il me semble intéressant de rencontrer, dans ces temps de grand chamboulement de nos sociétés. Car il est question de survie, et de réponses collectives à une menace générale, omniprésente.
Et puis il y a le style de Primo Levi, incisif, comique, il n'insiste jamais sur ce qui est cocasse ou incroyable, ça survient là comme ça, c'est inénarrable, et c'est souvent aussi tragique que drôle !



L'itinéraire du "retour".






Ce récit a été porté à l'écran par Francesco Rosi, en 1997. 












dimanche 1 mars 2020

Adolfo Kaminsky, un exemple vivant

A plus de 80 ans, il sort de l'ombre et son histoire extraordinaire est enfin publiée, par la voix de sa fille, en 2009. La petite vidéo qui suit en dit assez pour vous donner envie de lire ceci...









Merci Aline !




mardi 25 février 2020

Le discours, roman de Fabcaro

Adrien est prisonnier d'un repas de famille où non seulement il s'ennuie, mais sa sœur lui a demandé de faire un discours à son mariage et ça l'angoisse. Lui, en réalité, il ne pense qu'à son ex-petite amie dont il est séparé depuis un mois et à laquelle il a envoyé un SMS de relance… Il attend une réponse.

L'observation des mœurs de cette famille ordinaire est incisive et extrêmement comique. Le personnage d'Adrien décortique toute la banalité des propos pour retrouver les motivations profondes de tous les comparses. Il est percutant et perspicace...

Vraiment un excellent moment de lecture.

Fabcaro rejoint Claude Ponti au cercle des auteurs d'albums/BD qui ont réussi un passage au roman de façon magistrale (On peut lire "les pieds bleus " de PONTI, et toutes les BD de Fabcaro)...











Merci Olivier !








mardi 21 janvier 2020

Martin Eden, film de Pietro Marcello

À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines. 
(Synopsis Allo-ciné)

J'ai mis une demi-heure à m'intéresser à ce personnage, puis son histoire a commencé à m'embarquer...

Il y a quelque chose de volontairement désuet ou daté dans la façon de filmer l'Italie du milieu du XXème siècle, qui me barbait carrément au début, puis j'ai finalement trouvé l'ensemble cohérent et intéressant. Je me suis demandé tout au long du film quelle part de la vraie vie de Jack LONDON ce roman qui est donc une adaptation, contenait...

Réponse de WIKI :

Depuis sa première publication en 1909, il apparaît très clairement que l'histoire de Martin Eden, héros au génie incompris, possède de nombreux points communs avec celle de son créateur. Tous deux sont des aventuriers, tous deux sont avides de se hisser au niveau de n'importe quel jeune homme de la classe bourgeoise. Tous deux sont autodidactes, rejetant ainsi la culture banale des riches de ce monde. Martin Eden reste, cependant, un ouvrage extrêmement romanesque. Il nous conte l'ascension douloureuse, puis l'abandon fatal qui conclut cette ascension, d'un jeune homme pauvre aveuglé par l'amour et les richesses dont il a toujours été privé. Il ne s'agit pas seulement d'un roman d'apprentissage, mais aussi du récit d'un désenchantement, du refus catégorique de se conformer à la vision commune de l'élite d'une société qui se gangrène, hermétiquement fermée à toute pensée originale, aussi brillante fut-elle.
Malgré une similarité entre la vie de Eden et de London, l'auteur a toujours protesté : cette œuvre serait une attaque contre le philosophe Nietzsche et l'individualisme.

Avec Luca Marinelli, sorti en octobre 2019





mardi 31 décembre 2019

Visa Transit, BD de Nicolas de Crécy

Prenez un cousin germain, réparez succinctement une vieille visa pourrie abandonnée sans roues, faites avec le cousin le pari que la teuf-teuf vous mènera jusqu'à Ankara, partez sur les routes du sud, puis...
laissez mariner pendant 30 ans ce souvenir dans les bains fantasmagorisants de votre mémoire bouillonnante et déformante, et servez ce récit de voyage sous forme de BD, garni de quelques évocations d'épisodes de votre enfance utiles à la compréhension du truc.
Vous obtenez un objet étonnant, description d'un voyage dans une Europe contemporaine et pourtant toute disparue sous les assauts du modernisme incontournable. Les deux jeunes n'ont pas de carte de crédit, pas de téléphone portable et internet ne faisait pas partie de leur quotidien.
Et cela a beaucoup de charme. Il faut dire que ces gars là ont la poésie chevillée… Ils partent avec une bibliothèque de leurs livres préférés, rangés dans des cartons entreposés sur la plage arrière, et devant, collé devant le passager sur le tableau de bord, un double cadran rouge,

où est écrit "radar 2000" en gros, récupéré d'un jeu de société, détail radicalement inutile qui leur tenait à cœur, comme si la réussite de leur entreprise tenait à ces loufoqueriess qu'un regard trop rapide aurait pu considérer comme inutiles voire nuisibles dans la vraie vie.
Le dessin est vraiment sympa, et on attend donc le tome 2...














lundi 30 décembre 2019

Embrasse l'ours et porte-le dans la montagne, de Marc Graciano

Un récit court, percutant de couleurs, de précision (la langue est très riche), de merveilleux (on dirait un conte), une histoire exhumée d'un passé d'ancien régime, où tous les hommes n'ont pas la même considération pour l'ours…

J'ai trouvé cette critique fort pertinente :

" ...
Avec mon histoire particulière à la chimie, quand je lis dans Embrasse l’ours un joli égrainage de noms de plantes et de leurs vertus médicinales, c’est un monde immense de soins qui est déterré de son ensevelissement par les firmes pharmaceutiques et qui libère une et des pensées et monde de pensées, de présence au monde, un monde de conscience plus que conscientisé relié à tout moment à la Nature. Cette nature qui si elle est représentée par un animal, un renard où un ours, l’est d’une telle précision que l’on sent le travail de recherche en amont - monde d’érudition -, mais sans trace, sans empreinte, aucune. Avec Marc Graciano, suivre l’animal, c’est être à sa très exacte hauteur, le procédé relève moins de l’art narratif que du chamanisme. Être cet animal et nous le donner à voir et à respirer, entendre ses mouvements. Ce qui se conte en humains, en animaux ou en sœur de lait, en morts violentes ne m’oblige pas à vous résumer ou décrire un contour de faits, d’actions ou de contexte historique, dévoiler vous empêcherait d’avancer nu(e) et si chaudement vêtu(e) de merveilleux ou de cette mort qui nécessite d’être bien vivant (pas si évident) pour la vivre. Être augmenté philosophiquement en lisant Graciano me fait déborder dans un monde sans interlocuteur (dans ma mansarde).
… "

L'article complet sur poezibao.








samedi 30 novembre 2019

Les couilles sur la table, podcast bimensuel

Une adresse que j'aborde seulement maintenant, et je la conseille d'emblée :

Par Souncloud

Les interviews sont menées par Victoire Tuaillon.

Parmi les entretiens proposés...

on peut écouter le discours de Virginie Despentes, quelquefois à contrecourant des thèses féministes dominantes. L'entretien est récent , datant du mois dernier.

Je suis dans la lecture de son très politiquement incorrect Vernon Subutex, et j'ai récemment regardé son adaptation au cinéma de "Baise-moi" (de 2000), son propre roman écrit six ans plus tôt. Pas toujours facile à partir de ces oeuvres de fiction, de faire ressortir sans erreur le fond de sa pensée. C'est pour cela qu'il vaut mieux l'écouter en direct.





Photo FJ PAGA












mardi 12 novembre 2019

Syngué Sabour, de Atiq Rahimi

Prix Goncourt de 2008, ce petit roman vite consumé est certainement un texte rare. Le récit de la vie de ce couple est originalement introduit par le monologue d'une femme veillant son mari blessé lors  de combats au Proche Orient. Il est inerte mais respire. La femme va lentement s'émanciper dans ce faux dialogue et parvenir à des révélations pour elle-même d'abord.
La chute est stupéfiante. Magnifique et terrifiant.

























Les vingt premières pages sont disponibles là.

Ce récit a suscité une adaptation au cinéma, en 2013, réalisée par l'auteur lui-même.








mercredi 25 septembre 2019

Le plancher de Joachim, de Jacques-Olivier Boudon

Le sous-titre "l'histoire retrouvée d'un village français" fait référence au "monde retrouvé de Louis-François Pinagot", tour de force historiographique du très célèbre Alain Corbin qui avait réussi à évoquer la vie d'un sabotier du Perche, à la fin du XIXème siècle, à partir de quelques rares mentions retrouvées dans divers types d'archives...
L'auteur du livre ici rappelle d'ailleurs cet emprunt à son collègue.

Ce qu'il y a d'original ici, c'est que cette histoire très locale (le village de Crottes, dans les Hautes-Alpes) est exhumée grâce à un menuisier qui a consigné ses pensées sous des lattes de parquet posées par lui-même dans un château. Il avait prévu qu'elles ne seraient découvertes que longtemps après sa mort et celle de tous les habitants cités dans ce texte au final assez court (72 phrases au total), du coup, il livre tous les secrets qu'il possède. Mais ce corpus étonnant permet une analyse sociale et historique assez poussée, en le confrontant à toutes les autres sources concernant les mêmes personnes en ce début des années 1880.

On pense bien sûr dans le domaine des écrits cachés retrouvés longtemps après leur rédaction aux pensées révolutionnaires du curé Meslier, un des premiers athées authentiques relevés dans l'historiographie française.

En tout cas, cette conférence-là m'a bien intéressé, et je me suis commandé le bouquin.








lundi 9 septembre 2019

Un putain de salopard, BD de Régis Loisel et Olivier Pont

Un jeune type débarque dans un bled paumé de la forêt amazonienne, au Brésil. Il est sur la trace de son père dont il n'a que deux photos, où son daron pose à côté de deux femmes différentes. Juste à son arrivée, il fait la connaissance de deux nanas qui l'adoptent aussitôt. Elles viennent travailler dans un dispensaire de brousse, où la vie n'est pas un lit de rose tous les jours…

Très passionnant, on accroche direct, mais c'est pour quand la suite ?




dimanche 11 août 2019

Lectures roumaines

Presque toutes roumaines.

J'ai commencé par Panaït Istrati. Un auteur du début du XXème siècle, qui est reconnu en Roumanie comme un témoin historique des révolutions qu'a connues le pays. Il a clairement pris le parti des petites gens, des victimes du rouleau compresseur de l'Histoire. En Roumanie, il n'y a qu'une librairie francophone, au 10 de la rue Biserica Amzei, à Bucarest. Son nom, Kyralina, est celui d'un roman d'Istrati.

Les chardons du Baragan, de Panaït Istrati

Dans des plaines asséchées du sud de la Roumanie, des enfants jouent à poursuivre des chardons, curieuses boules sèches qui roulent poussées par le vent. C'est une course folle qui les rend ivres de plaisir et les égare au loin… Ces enfants rêvent de contrées qui ne connaitraient pas la faim, et il est clair qu'ils fantasment sur les pays qu'ils découvriront au bout de leur course démente. Mais on est en 1907, et le roman d'Istrati, qui suit deux frères à la recherche d'une vie meilleure, mène le lecteur, après des péripéties dans les régions voisines, au plus fort de la révolte paysanne de cette année-là. Réprimée férocement par l'armée roumaine et les sbires des boyards, les grands propriétaires terriens.
Un excellent petit récit très vite lu…



























J'ai lu ensuite "Ma reine "de Jean-Baptiste Andréa
Beaucoup aimé cette histoire de grand gamin un peu méprisé par les siens, qui vit dans un coin paumé de la France du sud, avec ses parents dans une station-service décatie. Il va vivre une aventure hors du commun avec une fille rencontrée sur le plateau au-dessus de chez lui. Elle lui fera faire des découvertes somptueuses, et sa disparition soudaine plongera le gosse dans des tourments et des ruptures insondables… 
Un bon petit roman d'été, si vous voulez mon avis que j'ai.


























J'avais embarqué avec moi un Peter May qu'on m'avait indiqué, qui se passe sur l'île de Groix, que je connais un peu, y ayant séjourné plusieurs fois, et l'ayant abordé en bateau grâce à mon chum Hervé de Lorient. Je rappelle au lecteur non attentif que Peter May, c'est cet auteur écossais dont j'ai prétendu qu'on ne pouvait pas lâcher un de ses romans dès les premières pages attaquées...
Un peu déçu cependant, je n'ai pas retrouvé l'atmosphère oppressante des îles écossaises, ni la tension de ses autres bouquins. Mais bon, je l'ai lu très vite quand même, c'est rapidement prenant, et n'importe lequel d'entre vous (le premier venu par exemple) trouvera cela certainement formidable. Si vous ne connaissez pas cet auteur, prenez la trilogie écossaise qui commence par "L'île aux chasseurs d'oiseaux"...



























Je suis revenu ensuite à une autrice roumaine, Irina Teodorescu, trouvée en chemin, à la librairie Kyralina de Bucarest, donc. 
Chouette histoire rocambolesque, qui part d'un fait divers dramatique, la mort d'un brigand qui portera la poisse à toute la descendance du tueur, par une malédiction qui opère par delà les générations, et nous voilà emporté dans un tourbillon d'aventures, qui se terminent toutes dans des affres, et c'est assez cocasse tout ça, je vous le conseille pour rigoler un coup. 





Comme j'avais lu 4 bouquins en une semaine et que mon sac pesait déjà 23 kilos au départ (oui je garde tous les livres qui me plaisent, je les archive dans ma bibli perso, ok ?), je me suis dit qu'il fallait que je trouve quelque chose de plus conséquent qui me tienne plus longtemps, je suis tombé à Brasov sur un petit rayon de livres en français, duquel j'ai tiré "Une matinée perdue " de Gabriela Adamesteanu. Très bon choix, avec cette histoire de familles roumaines qui traversent le 20ème siècle et vivent les péripéties affreuses des mouvements de la grande histoire, celle qui broie les gens sans s'en rendre compte… Il y a beaucoup à apprendre sur l'histoire roumaine dans ces histoires assez emmêlées de la vie quotidienne de personnes de différentes conditions. Le récit n'est pas chronologique, on suit les fils d'histoires contemporaines de la période communiste pour revenir au début du siècle. Au final, c'est très édifiant sur le pays et ses mentalités. Mais c'était effectivement plus complexe à lire et cela m'a demandé plus de temps, l'objectif était atteint.
Il a été traduit en 10 langues, avec ses 500 pages, c'est certainement la plus consistante de mes lectures roumaines. 





Retour à Panaït Istrati avec un petit truc à 2 € (11 lei). Le récit autobiographique de ses années de jeunesse, en Grèce où il s'exile d'abord (venant des bords de la mer Noire, en Roumanie), travaillant dans une auberge où, bien qu'exploité, il réussit à se faire apprécier, puis en se faisant débarquer à Naples (il s'est caché en clandestin sur un paquebot), où là c'est franchement la galère, on est au tout début du XXème siècle, mais reprenant un autre navire de croisière, il parviendra à rejoindre la France, son objectif initial…
A  lire sans hésiter.



























Pour finir, j'ai trouvé dans une autre librairie, à Cluj, ce recueil de nouvelles remarquables : "Dépressions" de Herta Müller. La principale nouvelle qui a donné son titre à ce bouquin est saisissante, avec le témoignage de cette petite fille, dont le quotidien est cousu de violence.
Le synopsis de ce livre dit :

""Cinq heures et demie du matin. Le réveil sonne. Je me lève, enlève ma robe, la pose sur l’oreiller, mets mon pyjama, vais à la cuisine, monte dans la baignoire, saisis une serviette, lave mon visage, prends le peigne, me sèche avec, prends ma brosse à dents, me coiffe avec, prends l’éponge, me lave les dents avec." En dix-neuf nouvelles d’une poésie brutale et déroutante, Herta Müller dévoile, à travers le regard d’une petite fille, l’univers clos de la communauté germanophone de Roumanie dans les années 1970, dont le quotidien ne semble être qu’oppression, mensonge et violence."

Herta Müller a été prix Nobel de littérature en 2009. 



























Au final, je ne suis pas si mal tombé au gré de mes découvertes de voyage. Et pas seulement pour la littérature…


samedi 4 mai 2019

Comment tout peut s'effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Vous aimez vous faire peur ?

La difficulté c'est qu'on évoque là un futur sans doute proche et archi plausible. Pour les auteurs, la question n'est plus de savoir si cela se produira mais quand…
Nul ne sait d'où partira la dégringolade du système monde, entraînant tous les circuits à l'extinction par un jeu de domino définitif, il y a plein de pistes : la raréfaction des matières premières, l'effondrement de la biodiversité faisant chuter la production agricole, une crise financière dans un seul pays entraînant les autres, une catastrophe climatique ?
L'impasse dans laquelle le système capitaliste est en train de nous enfoncer n'a pas d'issue, aucun retour en arrière n'est possible. Parce que l'économie mondiale ne peut pas fonctionner sans croissance, et que celle-ci est très limitée dans le temps, parce que la catastrophe environnementale a bien lieu sous nos yeux.
La mise en perspective des chaos civilisationnels de l'histoire tendrait à rassurer - les grands systèmes politiques ont toujours eu une durée de vie limitée, et ont toujours redonné naissance à d'autres élaborations politiques. Les hommes se réorganiseront donc forcément.
Mais la chute sera rude… Tentons d'imaginer la vie quotidienne sans fourniture d'énergie ni d'eau, ni de sécurité, ni de système d'information… Il est plus question maintenant d'un retour au néolithique qu'au Moyen-Age, parce que la désorganisation serait totale, extrême.

Les auteurs parient sur la capacité des humains à se soutenir, s'organiser et rester solidaires, ce qui, notent-ils, est la réaction première et majoritaire en cas de grosse catastrophe collective actuellement.
Mais si on en vient à ce grand effondrement promis, nul ne peut dire comment réagiraient la plupart des groupes humains, la différence avec les grandes tragédies actuelles étant que rien ne subsisterait d'une forme d'autorité publique garantissant le rétablissement à terme d'une force publique. Il est plus facile de se relever quand les territoires voisins fonctionnent encore et peuvent venir vous aider à vous rétablir.

Une question en passant : que deviendraient les centrales nucléaires en cas d'effondrement de la capacité des états à contrôler leurs machines ?  Ne faut-il pas commencer dès maintenant à les mettre progressivement à l'arrêt avant qu'elles ne se foucouchimasent en série rendant notre joli territoire totalement inhabitable ?

Ah oui, ça fout les jetons. Il ne faut pourtant pas occulter cette question ni refuser de l'envisager. Moins dure sera la chute...






Ce livre date de 2015. 

Depuis, Pablo Servigne a écrit en 2017 avec Gauthier Chapelle "L'entraide, l'autre loi de la jungle"
et en 2018, ces deux-là rejoints par Raphaël Stevens ont proposé : "Une autre fin du monde est possible".











mercredi 1 mai 2019

De la Nature, pour Marguerite Porete

Marguerite Porete est une femme originaire du nord de la France qui vécut de 1250 à 1310. Elle est l'autrice d'une oeuvre mystique qui la conduisit au bûcher : "Le miroir des âmes simples et anéanties".

Sur la notice Wikipédia, on trouve cette citation :

« Ah ! Dieu, que Nature est subtile en bien des points en demandant sous apparence de bonté et sous couleur de nécessité ce qui nullement ne lui revient »

Comme je ne savais pas ce que pouvait représenter le concept de "nature" dans l'esprit d'une femme du XIVème siècle, je posai la question à Pierre-Elie. qui me fit cette réponse :

"c'est difficile à dire sans contexte, mais il semble qu'il y a une tradition exprimée par exemple dans le Roman de la Rose qui parle de l'amour charnel comme d'une ruse de la Nature pour amener les humains à la reproduction. Le Roman de la Rose vante et admire cette ruse. Au contraire, Marguerite Porete dit que la Nature est "subtile" au sens péjoratif : elle est manipulatrice, elle complote et ruse pour "demander" l'esprit et le corps qui ne lui reviennent pas (puisqu'ils reviennent à Dieu). Elle s'oppose à la tradition romanesque qui veut que la Nature est "vicaire de Dieu" et que Dieu et la Nature ont la même volonté. Je suppose qu'elle défend une chasteté absolue – reste à savoir si elle recommande cette chasteté pour quelques âmes pieuses seulement, ou pour l'espèce humaine toute entière ; la phrase ne le dit pas."

J'aimerais croire que "subtile" n'était pas péjoratif, et qu'elle envisageait la ruse de cette "Nature" personnalisée avec beaucoup de malice et comme l'accueillant avec bienveillance. Malheureusement, la pensée et l'oeuvre de Marguerite Porete n'ont pas été mises à l'index dans ce registre-là, mais sur des points de doctrine de théologie pointilleuse, qui n'écartaient pas l'autrice de l'orthodoxie de l'époque, puisque "Les travaux des historiens ont montré que cette hérésie n'avait de réalité que dans l'esprit des prélats et théologiens qui la condamnèrent. "

Robert E. Lerner, The Heresy of the Free Spirit in the Late Middle Ages, Berkeley, University of California Press, 1972.





Merci Pierre-Elie !


mardi 30 avril 2019

Open Bar 1ère tournée, de Fabcaro

Nouvel opus de l'humoriste nonsensologue qui prend la même forme que "Moins qu'hier et plus que demain", à savoir des petites situations du quotidien (une histoire par page/planche) troublées par un élément absurde, ou poétique, ou un décalage total du discours, transposé dans des registres divers ce qui donne à tous les coups un effet comique, mais ce n'est pas tout... Les situations là, sont celles du quotidien et concernent tout le monde, pas seulement les échanges de couples.

Deux exemples de ces dialogues outrés qui, au final, pointent -et dénoncent- des abus divers :












dimanche 28 avril 2019

Retour à reims, de Didier Eribon


Ce livre d'Eribon rebondit ! Publié en 2009, il revient dans la lumière des actualités à la faveur d'une mise en scène pour le théâtre (Par Thomas Ostermaier, joué en janvier et février de cette année au théâtre de la ville).

Cette interview de l'auteur sur France Culture est très éclairante sur le livre.
C'est assez plaisant, il est obligé à plusieurs reprises de rectifier les énoncés du journaliste qui s'exprime dans la langue de bois mainstream des chiens de garde. Par parenthèses, revoilà les gilets jaunes sur le tapis !

Didier Eribon s'interroge entre autres questions d'importance, sur ce paradoxe : pourquoi, alors que jeune étudiant-enseignant il était devenu un militant d'extrême gauche influencé par le trotskisme, s'était-il coupé de sa famille, un milieu très modeste que les activistes marxistes étaient sensés défendre d'abord ? La question de ce reniement de son milieu d'origine est un point central du livre. Elle est traversée par la question du genre : Eribon n'a jamais caché son homosexualité, mais a pu l'assumer plus facilement à Paris que dans sa ville de province d'origine.
Mais inutile de paraphraser ou réinterpréter maladroitement les analyses de l'auteur. Du reste elles sont complexes, et je ne suis pas certain d'avoir tout perçu. Eribon est sociologue et utilise des notions et un langage qui sont ceux d'un spécialiste. A vous de voir. C'est en tout cas un livre qui m'a parlé, j'ai ressenti certaines prégnances d'une époque que j'ai vécue aussi.





vendredi 26 avril 2019

La nuit des béguines, de Aline Kiner




Une intro à cette lecture par Liana Levi, l'éditrice :


Paris, 1310, quartier du Marais. Au grand béguinage royal, elles sont des centaines de femmes à vivre, étudier ou travailler comme bon leur semble. Refusant le mariage comme le cloître, les béguines forment une communauté inclassable, mi-religieuse mi-laïque. La vieille Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, veille sur les lieux. Mais l’arrivée d’une jeune inconnue trouble leur quiétude. Mutique, rebelle, Maheut la Rousse fuit des noces imposées et la traque d’un inquiétant franciscain… Alors que le spectre de l’hérésie hante le royaume, qu’on s’acharne contre les Templiers et qu’en place de Grève on brûle l’une des leurs pour un manuscrit interdit, les béguines de Paris vont devoir se battre. Pour protéger Maheut, mais aussi leur indépendance et leur liberté.
Aline Kiner nous entraîne dans un Moyen Âge méconnu. Ses héroïnes, solidaires, subversives et féministes avant l’heure, sont résolument actuelles.


La dernière phrase de ce résumé ne doit pas induire en erreur, il ne s'agit pas de la transposition hasardeuse dans des temps anciens de faits et gestes pétris de valeurs actuelles. Sans se faire d'illusion sur la ressuscitation du passé, qui passe forcément par nos filtres culturels contemporains, nos mentalités, le récit d'Alice Kiner fait partie des romans historiques approchant dans les faits et les pensées ce que fut la vie de ces femmes du XIVème siècle. Il a été remarqué par des professeurs d'université historiens, qui d'ordinaire goûtent très peu le genre des romans historiques. 
Une lecture qui éclaire une parenthèse de relative liberté pour les femmes d'une époque où elles étaient très assujetties à la tutelle masculine…