lundi 11 septembre 2017

Visages, villages de Agnès Varda et JR

Un documentaire road-movie qui montre les deux complices réalisateurs, la vieille femme encore dynamique et le jeune homme fringant dans leurs voyages en province, à la pêche aux rencontres riches en développements... photographiques.
Une expérience forte, les docs d'Agnès Varda sont toujours -mais comment fait-elle ?- des moments riches d'une humanité profonde et simple, comme évidente, et qui font réfléchir au vrai fond des choses qui nous mènent par le bout du nez...
Mais par-dessus le marché, il y a les projets artistiques, et là , ces affichages de visages si expressifs sur des surfaces non attendues pour cela sont encore de superbes expériences, dépassant de beaucoup la seule et authentique réussite visuelle, esthétique...
Sorti en juin 2017, actuellement sur les écrans.

























Mortelle randonnée, le livre de Marc Behm et le film de Claude Miller

D'abord le livre. Lecture conseillée par Antoine de Caunes, au détour d'un dialogue radiophonique sur France Inter fin août. Je commande le truc. Il m'arrive en double, avec la version filmée, insérée dans la couverture cartonnée du livre. Trop bien, je ne pensais pas avoir vu le film, qui date pourtant de 1983.
Une écriture inspirée, avec pas mal d'implicite, au lecteur de connecter ou d'interpréter.
Un détective privé au passé sulfureux (surnommé "l'Oeil"), retrouve un jeune homme de bonne famille qui avait disparu, et assiste au meurtre de celui-ci par sa petite amie. Le roman raconte comment le détective s'attache aux pas de cette jeune fille, qui s'avère rapidement être une croqueuse d'hommes, serial killeuse et voleuse de trésor au passage (ses conquêtes sont toujours de jeunes gens fortunés), pour être toujours près d'elle à son insu, et la protéger au besoin.
Or, ce détective est aussi dans sa vie privée, à la recherche de sa propre fille qu'il n'a pas revu depuis qu'elle était adolescente, et pour laquelle il se sent redevable, n'ayant pas été un père assez présent.
Le lecteur ne sait pas vraiment pourquoi cet homme s'attache à cette meurtrière en cavale, mais il est clair qu'il y a un lien avec sa propre histoire de père éperdu.
Un des atouts du livre : il cite précisément les morceaux de musique écoutés par ses personnages, et les lectures qu'ils font au long de leurs aventures. A l'heure de la terre nette, c'est très appréciable, car, pour peu qu'on ait accès à la toile, tout en lisant, on peut se mettre dans l'ambiance réelle imaginée par le narrateur, en écoutant la musique citée.
Ce livre fait partie de ceux qu'on lit si vite que quand on est au bout, on se sent orphelin de l'histoire...

























Le film tiré de ce récit est assez proche du texte, des détails s'y trouvent et globalement, c'est un film réussi, mais comme presqu'à chaque fois quand on regarde l'adaptation d'une histoire qu'on a adorée, toute variation dans la narration originelle pose question. Par exemple, on peut s'interroger sur la pertinence de tel personnage inventé de toute pièce par les scénaristes. Claude Miller fait intervenir un deuxième enquêteur (joué par Guy Marchand), absent du roman, qui trouble (enrichit ?) le récit, et qui disparaît lui aussi au bout d'un moment, englouti par le maelström meurtrier de cette histoire insensée...
Le lien entre les deux histoires, celle de la fille tueuse, et celle de la paternité souffrante de l'enquêteur, n'est jamais établi clairement dans le livre de Behm. Mais dans le film, Isabelle Adjani qui incarne la meurtrière, vient pleurer contre la porte du détective en geignant "Papa, papa..."
Je préfère quand le doute plane lourdement, à mon avis que j'ai, au lieu de livrer au spectateur des pistes toutes crues, surtout que dans ce cas, dans le roman, le lien filial  entre les deux personnages principaux est fantasmé, et non établi.
























Bref. Je conseille vivement le bouquin, le film n'étant pas mal non plus, quoi qu'un peu daté, avec Michel Serrault, qui est de mes acteurs préférés, s'adaptant parfaitement au rôle d'enquêteur à la fois inventif, réactif et pèpère dans sa vie perso...


jeudi 7 septembre 2017

Un homme est mort, de Kris et Etienne Davodeau

L'occasion de revenir sur la vie et la mort d'un film de René Vautier (célèbre pour ses engagements personnels dans les conflits sociaux de tout ordre), dont l'origine vous est proposée par le site bedetheque.com...

"1950, la guerre est finie depuis cinq ans. De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert.
Il faut tout reconstruire.
1950 Brest est un immense chantier. De la ville fortifiée, aux ruelles étroites, une nouvelle ville va surgir, orthogonale, rectiligne, ordonnée, moderne, ce sera Brest-la-Blanche, qui deviendra très vite, Brest-la-grise.
Des milliers d'ouvriers travaillent sur les chantiers.1950. C'est la grève. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l'Arsenal rejoignent le mouvement. De violents affrontements surviennent lors des manifestations.
Le 17 avril, le drame se produit. La police tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé.
Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest (il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d'après guerre).
René arrive dans une ville en état de siège. Le lendemain, ont lieu les obsèques d'Édouard Mazé.
Une foule immense, un peuple entier accompagnera son cercueil."


Ce que ne dit pas cette intro, c''est que ce film aura une vie militante riche puisqu'il sera projeté 150 fois aux ouvriers brestois. Il aura aussi une bande-son originale, car étant muet au départ, Vautier a l'idée de l'accompagner de la lecture (par lui-même, en direct) d'un poème d'Eluard. Cela marche un certain temps jusqu'à ce que le René ait une extinction de voix. C'est là que survient un de ses assistants de la CGT (un type chargé de sa protection, au départ) et qui se propose se dire lui-même le poème. Surprise générale : l'interprétation unique et personnel du gars fait mouche, coup de chance, Vautier l'a enregistré...

Mais quel est l'avenir de ce film unique et introuvable, vous le saurez en lisant vous-même cette BD qui se veut souvenir d'une mémoire ouvrière...