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lundi 24 février 2020

Je me souviens (64)

du temps des batailles de pommes. On faisait deux camps chacun dans un coin de champ et on se canardait à distance avec les pommes trouvées dans l'arbre ou au sol. Parfois on utilisait un propulseur archaïque, un bout de branche au bout duquel on plantait la pomme et cela  prolongeait le bras pour lancer plus fort et plus loin. Mais c'était très imprécis quant à la hauteur du tir car la pomme se décrochait quand elle voulait dans le déroulé du geste. On ne pouvait régler que la direction… J'aimais bien ces joutes de gamins, pour lesquelles on utilisait parfois des palettes de bois pour se protéger mieux des tirs des ennemis.
Un jour, Mme Boué qui était notre voisine et dont la maison jouxtait le champ, avait tenté de nous faire déguerpir pour qu'on arrête de gâcher les pommes avec lesquelles le paysan qui était un ami à elle, faisait du cidre. Elle avait pris son chien en laisse, Urgo, un berger allemand pas trop finaud et couru vers nous en nous criant dessus. Je n'avais pas peur du chien, avec lequel je jouais souvent, mais tout le monde avait déguerpi à toutes jambes dans la campagne, à tout hasard...
C'était à Changé dans la Mayenne.

samedi 27 avril 2019

Je me souviens (63)

que mon grand frère, alors que nous étions tous les deux lycéens, m'avait dit qu'il venait de lire "L'être et le néant" de Jean-Paul Sartre, un pavé de philosophie de plus de 650 pages. Il en avait tiré beaucoup de satisfaction, et à l'écouter, m'avait presque donné envie de tenter cette lecture difficile.
Je sais aujourd'hui que je ne lirai jamais cet essai, je n'en ai plus du tout envie, l'étoile de Sartre a fortement pâli au ciel de la philo, avant même les décryptages des contradictions de l'homme et de sa pensée dénoncées par Michel Onfray. Je ne suis pas certain non plus d'avoir aujourd'hui le courage de faire les efforts nécessaires pour venir à bout de ce texte.
Je me souviens de la couverture blanche de ce livre de poche impressionnant dans les mains de mon frère.







samedi 2 mars 2019

Je me souviens (62)

être passé par hasard dans le lotissement de villas (ils les appellent "chalets") sur pilotis qu'on voit au début de 37,2 le matin, le film de Jean-Jacques Beineix, avec Béatrice Dalle et Jean-Hugues Anglade qui quelques années auparavant, m'avait tellement impressionné. Ce film date de 1986.
C'était l'été, j'étais avec une amie, nous avions nos sac à dos et nous cherchions ma famille qui avait loué un appart dans le secteur de Gruissan (dans l'Aude). En fait ce n'était pas du tout dans ce secteur.
Tout tourisme culturel de pèlerinage est impossible ici, le chalet est brûlé, réellement, par  Betty dans le film… Cet endroit étonnant est situé en bord de mer Méditerranée, un moment dans le film, il y a un plan silencieux où l'héroïne aperçoit une goélette, toute voile dehors, passer au-dessus de la digue. Dans ce film étrange, c'est un pur moment de poésie.








dimanche 24 février 2019

Je me souviens (61)

que mon papa ne m'a jamais suggéré aucune lecture dans mon enfance, et pour cause il lisait très peu. Il n'avait pas le temps. Avec l'âge, il y avait pris goût. C'est dans le temps libre de la retraite qu'il s'y est mis.
Nous partagions un même intérêt pour les livres d'histoire. Nous avons commencé à échanger des suggestions de lecture doucement, avec des choses comme Fortune de France de Robert Merle, ou les romans évoquant le Moyen-Age de Jeanne Bourin.
Plus tard, je lui ai suggéré des témoignages essentiels comme "Les mémoires du Sergent Bourgogne", ou de vrais livres d'historiens comme "Montaillou, village occitan", de Leroy-Ladurie. Avec le temps, il devenait un lecteur ambitieux. Quand la mort est venue le chercher, il s'était plongé avec grand intérêt semble t-il dans "L'idiot", de Dostoievski.

dimanche 13 janvier 2019

Je me souviens (60)

du plaisir nouveau à sortir la poubelle noire, les premières fois qu'on a commencé à trier les déchets et à faire du compost. Parce qu'elle ne sentait plus, ne pesait plus rien. C'était à la fin des années 80. Il était évident alors que ces petits gestes allaient sauver le monde.

dimanche 30 décembre 2018

Je me souviens (59)

du plaisir que j'avais à retrouver de temps à autre et par hasard chez moi, des post-it, petits messages d'amour ou de tendresse, qu'elle s'ingéniait à laisser, à son départ, cachés dans un tiroir ou avec le marque-pages d'un livre posé au pied de mon lit.

jeudi 27 décembre 2018

Je me souviens (58)

que lors d'une virée cyclotouriste sur les bords de Loire en 2013 avec mon copain P., on s'était arrêtés à Blois un matin, et qu'aux abords d'un marché du centre ville, on avait lié conversation avec une vieille dame à cabas toute ragaillardie de faire notre connaissance. Soudainement fort ébahie par les cuisses musculeuses de mon ami (qui portait un bermuda de sport), elle nous avait avoué :" Hé ben dites donc, depuis la mort de mon mari, j'ai pas eu l'occasion de voir des mollets pareils, c'est très impressionnant ! On peut toucher ?" Ce qu'elle avait fait immédiatement sans attendre de réponse.

samedi 22 décembre 2018

Je me souviens (57)

d'une voiture garée sur le parking désert
d'une station d'épuration
en plein centre de la Bretagne,
et de la buée sur les vitres qui garantissait
un minimum d'intimité.

dimanche 18 novembre 2018

Je me souviens (56)

qu'autrefois, quand j'étais enfant, mes parents (mon papa surtout) mettaient cette musique, presque uniquement le dimanche matin. Chez moi, on n'écoutait pas souvent de musique. On avait peu de disques vinyls.C'était réservé à des moments particuliers.





mercredi 31 octobre 2018

Je me souviens (55)

de ce bain chauffé au feu de bois, en extérieur, près d'un bungalow qu'on avait loué dans le Lot, discrètement, et du froid vif de l'hiver qui rosissait notre peau.


dimanche 7 octobre 2018

Je me souviens (54)

d'un camping, à Levanto, où l'on s'était posés, avec M., pour arpenter les Cinque Terre sur la côte ligure. Arrivés en pleine après-midi, sous un soleil écrasant, l'endroit était quasi désert. Et passant près des sanitaires, on a pu nettement entendre que sous la douche, un couple prenait du plaisir. Je me souviens m'être dit que cet accueil était comme un augure favorable, un petit signe de bienvenue.



















A Vernazza

jeudi 31 mai 2018

Je me souviens (53)

d'un gars, un cycliste sympa, qui me racontait que petit, ses tantes (il avait perdu sa mère à 10 ans) très catholiques, l'emmenaient écouter des conférences du Révérend Père Jean Daniélou, un prêtre jésuite français, théologien de renom et membre de l'Académie française. Ce brave type était aussi un prédicateur de l'Eglise très célèbre. 
Sa mort chez une prostituée, en mai 1974 a beaucoup fait jaser mais les tantes n'en ont plus guère parlé. 
Et pour cause, les multiples versions (officielles) des causes de sa mort orientent vers un décès en pleine joie. Ce qui nous amène à l'épectase, terme que vous voudrez bien mémoriser, merci.


L’épectase est, chez les chrétiens, un progrès de l’homme vers Dieu.

Depuis les années 1970, ce mot désigne aussi, dans un sens familier, le décès pendant l'orgasme1.


Merci Wiki !
Je me souviens d'autant mieux de ce gars que c'était il y a 3 heures de cela.

samedi 12 mai 2018

Je me souviens (52)

d'un disque vinyle qu'il y avait chez mes parents, quand j'étais enfant. A l'âge où j'ai eu le droit de mettre en marche l'électrophone stéréo (une rareté à l'époque) tout automatique -le bras se levait et se déposait au bon endroit selon le disque qu'on avait mis- j'ai découvert cette musique. J'en suis marqué à tout jamais pour les siècles des siècles comme disent les c(h)réti(e)ns qui aiment le Père Noël.
Avec mon jeune frère, il nous est arrivé de marcher à 4 pattes dans la salle à manger en suivant le tempo des mélodies. Au moment des grands éclats du grand orchestre, on s'étalait par terre en criant, puis l'on repartait en rythme à 4 pattes en passant sous la table à l'occasion.
Je revois cette pochette grise, luxueuse, au carton épais, on aurait dit du tissu. Cette trouvaille était une espèce de miracle, il y avait peu de musique de ce type dans nos maisons.

Paganini, Concerto pour violon et orchestre n°1.

Sarah Chang au violon (je n'ai pas réussi à trouver de quel orchestre il s'agissait) dans une interprétation proche de celle que j'ai entendue enfant.




jeudi 22 mars 2018

Je me souviens (51)

de ce couplet :

"Quand j'en ai marre d'ces braves gens,
J'fais un saut au huitième
Pour construire un moment
Avec ma copine Germaine,
Un monde rempli d'enfants
Et quand le jour se lève,
On s'quitte en y croyant, c'est vous dire si on rêve !"

Renaud (Dans mon H.L.M.")






dimanche 18 février 2018

Je me souviens (50)

avoir fait une photo en Corse, où l'on voyait quatre personnes en train de lire les pieds dans l'eau d'une rivière, toutes un peu éloignées les unes des autres, et assises sur des rochers. J'aime le silence connivencier* qui domine alors entre les lecteurs qui ne s'ignorent pas totalement...
Une vraie complicité peut transpirer de ces moments assez rares. Mais les situations peuvent être variées...

* Et pourquoi pas ?

jeudi 8 février 2018

Je me souviens (49)

être allé chercher une 504 d'occasion sur la côte provençale, chez un ex-collègue de mon frère, en compagnie d'A. Je l'ai gardée quelques années.
Drôle d'idée.
Il y a des choses qu'on ne referait pas, n'est-ce pas ?


vendredi 26 janvier 2018

Je me souviens (48)

qu'en avril 2012, j'étais allé un week-end dans le Gers au Cannet, rejoindre des copains qui organisaient une séance de leur spectacle de théâtre dans le cadre exceptionnel d'une très jolie exploitation viticole (à cour fermée). J'avais proposé de faire des photos de groupe des gens qui arrivaient, en leur proposant pour agrémenter le portrait, de porter un objet incongru de leur choix. Je leur donnais la possibilité de récupérer ces photos par envoi mail ensuite. Or il y eut parmi ces visiteurs spectateurs un couple entre deux âges, qui ne souhaitait pas du tout être pris en photo.
"On n'est pas sensés être ensemble ici..." m'expliqua à mi-voix la dame.






jeudi 10 août 2017

Je me souviens (47)

d'un séjour en Angleterre alors que j'étais collégien. J'étais invité par une fille qui était ma correspondante comme on pouvait en avoir à cet âge-là (et à cette époque-là, est-ce que cela se fait encore ?)
J'avais expliqué que j'apprenais à jouer de la flûte à bec. Le père de la copine avait réagi plutôt négativement, disant je ne sais plus trop quoi, que c'était un instrument scolaire plutôt limité, ou quelque chose comme ça. Or j'avais avec moi une cassette (pas celle d'Harpagon, celle qui causait, quand on avait un lecteur approprié, avec deux petites roues autour desquelles s'enroulait une bande magnétique marron clair...) des danses du Terpsichore, de Praetorius. Je lui fis donc entendre (c'était dans sa voiture) et il admit que cela pouvait être bien plaisant.
Ces musiques m'accompagnent depuis fort longtemps. Aussi fus-je assez ravi lorsque Simon Hanks, notre bon maître de musique baroque, mit, cette année, quelques oeuvres de Praetorius au programme de nos sessions d'ensemble à la Visitation.



dimanche 2 juillet 2017

Je me souviens (46)

qu'un été de mon enfance, alors que j'avais environ 12 ans, dans le camping où nous étions avec mes parents et mes frères, j'avais fait seul la connaissance d'une fille de mon âge. Je ne me souviens plus dans quelles circonstances. Mes souvenirs précis débutent lorsqu'elle me proposa d'aller voir sa caravane, où elle était installée avec sa soeur. J'étais à la fois content de me faire une petite copine et intimidé car très peu déluré. Il faisait encore jour mais la caravane était éclairée à l'intérieur. La fille entre devant moi et je vois sa soeur, qu'elle me présente, qui était assise en face sur la banquette de l'autre côté d'une table centrale. Grande fille beaucoup plus mûre que sa cadette, assez jolie, au décolleté très ouvert, avec une cigarette aux lèvres. A côté d'elle, un type jeune aussi, serré contre elle, un bras passé derrière sa taille, le visage tout près de sa poitrine, et comme fasciné par la peau blanche. Il ne réagit même pas à notre arrivée. La grande soeur dit : " Qu'est-ce que vous venez faire ?" A quoi sa frangine répond qu'elle me faisait voir la caravane. La grande fait une moue agacée. On s'assoit en face d'eux, le type se trémoussant pour être toujours au plus près de la nana.
J'étais très mal à l'aise. Il était évident qu'on tombait fort mal dans leur programmation de soirée. Rien ne m'avait préparé à vivre ce genre de situation.
J'ai salué à voix basse, je me suis sauvé penaud, je n'ai jamais revu la fillette. Je me souviens d'un sentiment de léger dégoût. Pour moi, à l'âge que j'avais, ces filles n'étaient pas "fréquentables".

dimanche 18 juin 2017

Je me souviens (45)

qu'un jour de lycée, en terminale à Laval, mon excellent ami, qui l'est resté depuis, avait fait un commentaire sur les disques vinyles que je venais de lui rendre, après lui avoir empruntés quelques jours.
"Ils sont tous rayés, t'as laissé tomber un râteau dessus, ou quoi ?"
Or, il se trouve que, juste avant venait de se concrétiser la séparation d'avec ma copine de ces temps-là, qui me faisait bien de la misère (la séparation, pas la copine...). Je me suis mis à pleurer avec des vrais sanglots devant le copain qui ne comprenait pas cette réaction excessive...
Du reste, c'était pour me chambrer, les disques étaient nickel...