jeudi 3 janvier 2019

Dorothea Lange, au musée du Jeu de Paume

Très belle expo, de photographies qui relatent quelques tranches d''histoire des Etats-Unis. Dorothea Lange était là auprès des ouvriers, des agriculteurs, des familles totalement dépossédées de tout suite à la crise de 29, mais ce qu'on constate, c'est que la grande misère engendrée par la dépression a poursuivi les classes laborieuses très longtemps, jusqu'au début de la seconde guerre mondiale. Les agriculteurs ont de plus été victimes de périodes de sécheresse qui les ont poussé à abandonner leurs terres pour tenter de rejoindre la Californie. On pense évidemment à Steinbeck qui a raconté ces tragédies.
On a été épatés par les planches contacts qui exposent ses travaux sur les travailleurs agricoles dans l'entre-deux-guerres. Il n'y a pas de cliché raté. Techniquement, en dehors de légères sur- ou sous-expositions, ces centaines de mini-formats noir et blanc sont parfaits. Et très souvent marquants. Le choix des images exposés en moyens formats (ce que j'ai regretté, pour moi, c'est trop petit) illustre cinq grands sujets abordés par l'artiste américaine.

- Le monde ouvrier victime de la grande crise de 29,
- Les agriculteurs exploités dans les gigantesques exploitations californiennes (dans le cadre des programmes du plan Marshall)
- Les mouvements sociaux des dockers
- Le travail des avocats commis d'office
- L'enfermement de 120 000 étasuniens japonais, dans des camps, suite au bombardement de Pearl Harbour.

Les deux principales parties de l'expo concernent le monde paysan et les japonais enfermés. Cet épisode de l'histoire américaine est mis en lumière et ressort heureusement des catacombes de l'histoire contemporaine. En 1942, suite à l'attaque japonaise sur Pearl Harbour, ces familles d'origine asiatique, qui ne rêvaient que d'intégration rapide, se sont vues tout à coup soupçonnées d'être des ennemis de l'intérieur. dépossédées de leur maison , de leurs commerces, les adultes renvoyés de leurs boulots. Et enfermées, donc, dans 10 camps différents, jusqu'en mars 1946.

L'exposition permet de voir un film documentaire sur la façon de travailler de cette photographe, qui prenait beaucoup de notes pour éclairer le contexte de chacune de ses photos. Elle rend compte des réalités souvent dramatiques de son époque de façon assez neutre, ou, autant qu'il est possible, objective. Mais avec la force évocatrice de ces clichés, l'humanité crue et malmenée qu'ils montrent, ce type d'expo a une vertu mobilisatrice et révoltante...










Au musée du Jeu de Paume, jusqu'au 27 janvier. 
Prévoir au moins une heure et demie.





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