La faute de l'abbé Mouret
C’était le jardin qui avait voulu la faute. Pendant des semaines, il s’était prêté au lent apprentissage de leur tendresse. Puis, au dernier jour, il venait de les conduire dans l’alcôve verte. Maintenant, il était le tentateur, dont toutes les voix enseignaient l’amour. Du parterre, arrivaient des odeurs de fleurs pâmées, un long chuchotement, qui contait les noces des roses, les voluptés des violettes ; et jamais les sollicitations des héliotropes n’avaient eu une ardeur plus sensuelle. Du verger, c’étaient des bouffées de fruits mûrs que le vent apportait, une senteur grasse de fécondité, la vanille des abricots, le musc des oranges. Les prairies élevaient une voix plus profonde, faite des soupirs des millions d’herbes que le soleil baisait, large plainte d’une foule innombrable en rut, qu’attendrissaient les caresses fraîches des rivières, les nudités des eaux courantes, au bord desquelles les saules rêvaient tout haut de désir. La forêt soufflait la passion géante des chênes, les chants d’orgue des hautes futaies, une musique solennelle, menant le mariage des frênes, des bouleaux, des charmes, des platanes, au fond des sanctuaires de feuillage ; tandis que les buissons, les jeunes taillis étaient pleins d’une polissonnerie adorable, d’un vacarme d’amants se poursuivant, se jetant au bord des fossés, se volant le plaisir, au milieu d’un grand froissement de branches. Et, dans cet accouplement du parc entier, les étreintes les plus rudes s’entendaient au loin, sur les roches, là où la chaleur faisait éclater les pierres gonflées de passion, où les plantes épineuses aimaient d’une façon tragique, sans que les sources voisines pussent les soulager, tout allumées elles-mêmes par l’astre qui descendait dans leur lit. - Que disent-ils ? murmura Serge, éperdu. Que veulent-ils de nous, à nous supplier ainsi ? Albine, sans parler, le serra contre elle. [...]
Alors, Albine et Serge entendirent. Il ne dit rien, il la lia de ses bras, toujours plus étroitement. La fatalité de la génération les entourait. Ils cédèrent aux exigences du jardin. Ce fut l’arbre qui confia à l’oreille d’Albine ce que les mères murmurent aux épousées, le soir des noces.
Albine se livra. Serge la posséda.
Et le jardin entier s’abîma avec le couple, dans un dernier cri de passion. Les troncs se ployèrent comme sous un grand vent ; les herbes laissèrent échapper un sanglot d’ivresse ; les fleurs, évanouies, les lèvres ouvertes, exhalèrent leur âme ; le ciel lui-même, tout embrasé d’un coucher d’astre, eut des nuages immobiles, des nuages pâmés, d’où tombait un ravissement surhumain. Et c’était une victoire pour les bêtes, les plantes, les choses, qui avaient voulu l’entrée de ces deux enfants dans l’éternité de la vie. Le parc applaudissait formidablement.
Emile Zola
Mais parmi les innombrables plaisirs du jardin, il y a celui, très libre, de la lecture.
J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout, Il n’est rien qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. Jean de La Fontaine
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vendredi 11 janvier 2019
lundi 7 janvier 2019
Naissance d'une cité ouvrière à Belleville, Paris
"Un
flâneur se promenant autour de la place Sainte-Marthe dans le Xème
arrondissement
de Paris, aura du mal à distinguer, sans plan précis, ce que fut la
cité du comte de Madre . Indiscernable dans le bâti environnant,
se cache pourtant une des premières cités ouvrières de Paris,
construite quelques années seulement après la cité Napoléon, par
Adolphe Joseph Hyacinthe de Madre, un notaire parisien. Le dispositif
d’aménagement urbain, mis en place par lui, propose une réponse
aux questions posées par la cherté des loyers, l’insalubrité des
logements ouvriers et leur surpopulation."
La totalité de l'article.
Histoire étonnante que celle de ce quartier de Paris, créé de toutes pièces dans les années 1860-1870, par ce fameux Comte de Madre, lequel appartient nous dit-on "à la mouvance des catholiques sociaux, attentifs à une réflexion sur l’habitat social."
Cet article est tiré de ceci :
- La naissance d'une cité ouvrière sous le Second Empire
- Le territoire du comte de Madre
- Claude Calvarin
- Dans Histoire urbaine 2013/1 (n° 36), pages 105 à 132
et mis à disposition par le site Cairn.info...
Le flâneur dont il est question, c'est moi, évidemment, je ne me suis rendu compte de rien (concernant cette cité de Madre) en faisant les photos ci-dessous, (article "murmures")
Parmi les questions passionnantes que pose cet article, il y a celle de la motivation profonde des aménageurs. Au-delà du paternalisme et du geste de piété chrétienne sans doute ressentie par ces investisseurs, on peut parier qu'il y a un autre objectif beaucoup plus pragmatique.
Lorsque lors de l'entrevue avec l'empereur février 1864, Madre évoque "un des moyens les plus actifs pour entretenir les bonnes mœurs et pour conserver les forces physiques qu’on ne doit point négliger non plus, car elles constituent le capital de l’ouvrier.", les deux interlocuteurs entendent bien qu'il s'agit de "leur" capital à eux, bien sûr…
J'ai également été étonné d'une légère distorsion entre le type d'organisation du quartier envisagé au départ : "
Il
faut en effet tenir compte de la susceptibilité excessive des
ouvriers pour tout ce qui peut gêner la liberté de leurs allures,
ce qui exclut forcément toute apparence de casernement..." et le résultat final qui est tout de même un ensemble clos, puisque les portes sont refermées pour la nuit, sous la responsabilité d'un concierge portier.
Ce quartier de Belleville (Ste Marthe, plus précisément) à Paris où se trouvent les si belles échoppes d'artisans, créateurs et artistes divers n'a pas toujours été aussi fringuant. Au milieu du XXème siècle, le délabrement et la vétusté s'étaient généralisés. Il n'y avait pas de tout-à l'égout, les eaux usées étant reversées dans les gouttières des immeubles.
Ces superbes photos de Jean-Pierre Leroux ne témoignent que partiellement de cet état lamentable. Quand elles sont prises, dans les années 80, la rénovation était déjà en cours.

Cette dernière photo est à rapprochée de celle-ci bien sûr :
NB : Désolé pour la mise en forme chaotique du texte. Certains copier-coller ne sont pas simples...
jeudi 3 janvier 2019
Dorothea Lange, au musée du Jeu de Paume
Très belle expo, de photographies qui relatent quelques tranches d''histoire des Etats-Unis. Dorothea Lange était là auprès des ouvriers, des agriculteurs, des familles totalement dépossédées de tout suite à la crise de 29, mais ce qu'on constate, c'est que la grande misère engendrée par la dépression a poursuivi les classes laborieuses très longtemps, jusqu'au début de la seconde guerre mondiale. Les agriculteurs ont de plus été victimes de périodes de sécheresse qui les ont poussé à abandonner leurs terres pour tenter de rejoindre la Californie. On pense évidemment à Steinbeck qui a raconté ces tragédies.
On a été épatés par les planches contacts qui exposent ses travaux sur les travailleurs agricoles dans l'entre-deux-guerres. Il n'y a pas de cliché raté. Techniquement, en dehors de légères sur- ou sous-expositions, ces centaines de mini-formats noir et blanc sont parfaits. Et très souvent marquants. Le choix des images exposés en moyens formats (ce que j'ai regretté, pour moi, c'est trop petit) illustre cinq grands sujets abordés par l'artiste américaine.
- Le monde ouvrier victime de la grande crise de 29,
- Les agriculteurs exploités dans les gigantesques exploitations californiennes (dans le cadre des programmes du plan Marshall)
- Les mouvements sociaux des dockers
- Le travail des avocats commis d'office
- L'enfermement de 120 000 étasuniens japonais, dans des camps, suite au bombardement de Pearl Harbour.
Les deux principales parties de l'expo concernent le monde paysan et les japonais enfermés. Cet épisode de l'histoire américaine est mis en lumière et ressort heureusement des catacombes de l'histoire contemporaine. En 1942, suite à l'attaque japonaise sur Pearl Harbour, ces familles d'origine asiatique, qui ne rêvaient que d'intégration rapide, se sont vues tout à coup soupçonnées d'être des ennemis de l'intérieur. dépossédées de leur maison , de leurs commerces, les adultes renvoyés de leurs boulots. Et enfermées, donc, dans 10 camps différents, jusqu'en mars 1946.
L'exposition permet de voir un film documentaire sur la façon de travailler de cette photographe, qui prenait beaucoup de notes pour éclairer le contexte de chacune de ses photos. Elle rend compte des réalités souvent dramatiques de son époque de façon assez neutre, ou, autant qu'il est possible, objective. Mais avec la force évocatrice de ces clichés, l'humanité crue et malmenée qu'ils montrent, ce type d'expo a une vertu mobilisatrice et révoltante...

On a été épatés par les planches contacts qui exposent ses travaux sur les travailleurs agricoles dans l'entre-deux-guerres. Il n'y a pas de cliché raté. Techniquement, en dehors de légères sur- ou sous-expositions, ces centaines de mini-formats noir et blanc sont parfaits. Et très souvent marquants. Le choix des images exposés en moyens formats (ce que j'ai regretté, pour moi, c'est trop petit) illustre cinq grands sujets abordés par l'artiste américaine.
- Le monde ouvrier victime de la grande crise de 29,
- Les agriculteurs exploités dans les gigantesques exploitations californiennes (dans le cadre des programmes du plan Marshall)
- Les mouvements sociaux des dockers
- Le travail des avocats commis d'office
- L'enfermement de 120 000 étasuniens japonais, dans des camps, suite au bombardement de Pearl Harbour.
Les deux principales parties de l'expo concernent le monde paysan et les japonais enfermés. Cet épisode de l'histoire américaine est mis en lumière et ressort heureusement des catacombes de l'histoire contemporaine. En 1942, suite à l'attaque japonaise sur Pearl Harbour, ces familles d'origine asiatique, qui ne rêvaient que d'intégration rapide, se sont vues tout à coup soupçonnées d'être des ennemis de l'intérieur. dépossédées de leur maison , de leurs commerces, les adultes renvoyés de leurs boulots. Et enfermées, donc, dans 10 camps différents, jusqu'en mars 1946.
L'exposition permet de voir un film documentaire sur la façon de travailler de cette photographe, qui prenait beaucoup de notes pour éclairer le contexte de chacune de ses photos. Elle rend compte des réalités souvent dramatiques de son époque de façon assez neutre, ou, autant qu'il est possible, objective. Mais avec la force évocatrice de ces clichés, l'humanité crue et malmenée qu'ils montrent, ce type d'expo a une vertu mobilisatrice et révoltante...

Au musée du Jeu de Paume, jusqu'au 27 janvier.
Prévoir au moins une heure et demie.
dimanche 30 décembre 2018
vendredi 21 décembre 2018
Si après 50 ans
tu n'as jamais connu ces moments d'extase où tu partages à voix haute une lecture avec un(e) ami(e) chéri(e),
il est grand temps de commencer !
il est grand temps de commencer !
mercredi 19 décembre 2018
Ainsi va la vie
Tout en pleuvant.
J'aime laisser couler ces grosses gouttes
Sur mes tempes
Qu'on ne sait plus dire
S'il pleure
Ou si tu pleus.
Photo trouvée là.
J'aime laisser couler ces grosses gouttes
Sur mes tempes
Qu'on ne sait plus dire
S'il pleure
Ou si tu pleus.
Photo trouvée là.
samedi 15 décembre 2018
Wandering about ?
Certes, mais pas n'importe où !
Deux suggestions :
https://praying2themoon.tumblr.com
et
http://suonko.tumblr.com/
dont sont issues les propositions suivantes :
J'aime ces mélanges. Les propositions musicales sur Suspiria sont aussi souvent alléchantes.
Pour moi, cela génère du rêve et nourrit l'imaginaire sauvage.
Deux suggestions :
https://praying2themoon.tumblr.com
et
http://suonko.tumblr.com/
dont sont issues les propositions suivantes :
J'aime ces mélanges. Les propositions musicales sur Suspiria sont aussi souvent alléchantes.
Pour moi, cela génère du rêve et nourrit l'imaginaire sauvage.
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