lundi 8 octobre 2018

Quelques avis sur une poignée de films récents

BlacKkKlansman, film étasunien de Spike Lee

J'ai bien aimé, quoique le film donne l'impression  de ronronner en longueur quand même, sans un suspense fort qui aurait maintenu le spectateur dans la laine. La fin justifie et transcende la tentative, en faisant le lien avec l'actualité récente, il s'attarde en particulier sur la tentative de massacre d'un sale type d'extrême droite avec son gros 4x4 lancé contre des manifestants anti-fascistes, à Charlottesville en août 2017. Une manifestante avait trouvé la mort. Le film finit par ces images d'archives et se pose donc en document anti-raciste comme un jalon de l'histoire des luttes sociales dans les USA d'aujourd'hui.



























Under the tree, film islandais de  

Un tout autre genre, l'histoire d'un type surpris par sa femme en train de mater des vidéos X. Elle le prend mal, d'autant que les acteurs ne sont autres que son mari lui-même avec une copine du couple...
Le gars retourne vivre chez ses parents, et tombe dans une histoire insensée de conflit de voisinage, qui finira de façon atroce. 
Le traitement tragi-comique du film en fait un objet curieux et complètement inattendu. Dans la société insulaire islandaise, supposée réfléchie, apaisée, on s'attend à tout sauf à cette débauche de haine délirante. On se dit en sortant de là que bon, ils sont normaux, aussi tordus parfois que des continentaux lambdas de l'occident hyper-violent.
J'ai donc beaucoup aimé ceci.




























Scherazade, film français de Jean-Bernaud Marlin

Une plongée dans l'univers de la prostitution de Marseille. Cru et violent, mais une très belle histoire d'amour, qui tourne mal à cause de la difficulté pour le jeune héros d'avouer qu'il est amoureux de la fille rencontrée peu de temps avant, à sa sortie de prison et dont il est devenu de plus et depuis peu le maquereau... Les acteurs principaux Dylan Robert et Kenza Fortas sont très convaincants.





























Les frères Sisters film français de Jacques Audiard

C'est un film étrange qui se savoure avec une forme de langueur. Il n'y a pas de ressort dramatique qui conserve le spectateur dans un désir furieux de savoir la suite et l'issue de cette histoire de tueurs à gages sans pitié. A la fin, les deux frères qui ont vécu tant de péripéties sanglantes reviennent chez leur mère dans leur maison d'enfance. Ils y sont accueillis à coups de fusil d'abord, puis avec quelque tendresse et la caméra s'attarde sur les objets de leur enfance qu'ils retrouvent avec émotion.
Entretemps, leur route avait croisé celle d'un chercheur d'or illuminé, a priori un type honnête, mais au final complètement ravagé par l'appât du gain et qui finira bouffé par cette cupidité. Les deux frères semblent avoir changé au contact de cet aventurier, ils se sont humanisés. C'est peut-être là une des clés ouvrant la compréhension de ce scénario improbable. Audiard dit en interview que son grand sujet, au travers de tous ses films, c'est la difficulté pour les hommes d'assumer leurs masculinités.
Tout ceci fait de ce film une espèce de conte philosophique, dont il n'est pas facile de démonter les mécanismes, mais qui peut aussi se goûter aimablement, sans se poser des tonnes de questions tordues.




























I feel good film français de Delépine et Kervern

Le cinéma de ces deux là est bien présent, avec ses portraits déjantés, ces chausses-trappes scénaristiques, son humour féroce et libertaire. Mais l'histoire n'est pas passionnante, le personnage de Jacques joué par Dujardin n'est pas crédible, or c'est sur ses délires que repose le film. C'est aussi un film un peu bien pensant, ou plutôt le côté social "les indigents ont forcément raison" est trop attendu-téléphoné sur la fin. J'ai été content de voir ça tout de même, Yolande Moreau est simplement parfaite et les acteurs non pros sont super. Une curiosité.




























Leave no trace, film étasunien de Debra Granik

Ce film rappelle furieusement le délicieux Captain Fantastic, de Matt Ross qui relatait également la recherche d'une vie hors du monde -humanisé- et de ses contraintes par une famille. Ici, c'est plus l'histoire d'une lente émancipation, celle de l'ado qui adore son père et la vie sauvage, mais se trouve mieux en société -elle le dit et le répète- et se trouve donc devant un dilemme, face à ce papa qui ne supporte plus ses semblables.
L'occasion de découvrir des USA inattendus : on y croise des réseaux de solidarités entre personnes déclassées, les laissés pour compte de cette société par ailleurs rutilante et matérialiste, et même des services sociaux humains et efficaces (l'histoire se passe dans l'Oregon).
Un chouette film.































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