dimanche 24 avril 2016

Casanova

Je suis plongé tout entier dans la fameuse "histoire de ma vie" de l'aventurier vénitien. Il aura traversé toute l'Europe du XVIIIème siècle, puisqu'il s'éteint en 1798, à 73 ans. Posséder ce témoignage est une chance unique de plonger dans les sociétés de cette époque, car on traverse une galerie de portraits incroyable, certes souvent assez rapides, il brosse ses contemporains à gros traits, mais le spectre social concerne toute les populations, des plus modestes aux sommets des noblesses dirigeantes, sans oublier le monde des prélats, puisqu'il fut lui-même orienté vers la fonction d'abbé dans sa prime jeunesse, et connut personnellement le pape Clément XIII.

























Giovanni Casanova, jeune, représenté par son frère.


Un témoignage essentiel, donc, et bien sûr on se laisse entraîner dans le flot de ses aventures tumultueuses où le mène sa passion de la séduction. On sent chez lui la volonté de plaire tous azimuts, sans passer systématiquement par la flagornerie ou la bassesse des flatteries courtisanes. Ayant bénéficié d'une éducation soignée, il prend volontiers position et se fait polémiste dans les salons, le tout avec une facilité à dépeindre les situations et les idées montrant passion et humour, qui mettra souvent ses hôtes (il est invité partout) "dans sa poche".
Ses conquêtes amoureuses et ce qu'il en a rapporté dans ses écrits ont fait sa renommée. Car s'il veut plaire c'est d'abord aux femmes, de toutes conditions, et rien ne le retient mieux qu'une jolie femme qui ne le remarque pas, ou qui le néglige ouvertement. Je n'ai pas assez de connaissances historiques pour juger de ce que Casanova représente ou non la figure classique du libertin du XVIIIème siècle, même si je pense qu'il en est une forme d'archétype poussée.
Pour ce qui est des conséquences de ses actes, il est clair que les femmes en étaient grandement victimes, malgré la présentation qu'essaie de faire Casanova de ses "exploits". En effet, la plupart de ses conquêtes sont montrées si séduites par lui qu'elles se mettent d'elles-mêmes dans des situations impossibles pour le rencontrer en privé, ainsi, il se dédouane en quelque sorte d'une grande part de responsabilité. Comme il ne cesse de voyager, les suites fâcheuses sont forcément pour elles, sédentaires, qu'elles soient à marier ou déjà en ménage.
Quant à l'édition du livre en couverture souple et papier Bible des éditions Bouquins, la forme n'est guère pratique (1500 pages d'un pavé tout mou - essayez de lire ça sous le drap à la lueur d'une frontale pour ne pas réveiller le loir tout doux qui vous tient chaud, on confrontera nos expériences).
Le contenu en revanche est parfait. L'édition est complète, hyper bien documentée, avec un appareil critique génial : les bas de page indiquent avec des notes numérotées les éclairages linguistiques, culturels qui sont indispensables à la compréhension de cette langue un peu lointaine (et pleine d'italiénismes) puis avec des petites lettres les variantes, ratures, sauts de lignes, et mots manquants, bref tout ce qui rend compte fidèlement du manuscrit.
Il faut un peu de temps pour parvenir au bout des deux tomes, mais c'est un texte essentiel pour l'histoire, à mon avis que j'ai !

























C'était l'occasion  de revoir le "Casanova" de Fellini, évidemment. Je me souviens l'avoir peu goûté lors de sa sortie - j'étais adolescent en 1976, je trouvais cela trop baroque, trop excentrique -, mais je trouve cela magnifique aujourd'hui, la mise en scène théâtrale, les scènes de fêtes, la représentation des scènes d'amour figurées et stylisées sont géniales (j'aime le recours récurrent à l'oiseau mécanique..)






En V.F...

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